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Je suis fan des films de phare, généralement - autant dire que j’attendais avec une certaine impatience ce huis-clos brumeux à l’esthétisme (noir et blanc et format d’époque) d’un autre temps… Les premières images mettent indéniablement dans l’ambiance (le fog, le putain de cri des mouettes, cette mer agitée, ce phare dressé… Hummm) ; et on croise par avance les doigts pour que le metteur en scène théâtral Eggers sache mettre un frein à toute tentative de cabotinage de ces deux acteurs, Robert Pattinson et Willem Dafoe… Rapidement, Dafoe (qui fout les jetons simplement en le croisant dans la rue, alors imaginez, là, seul avec lui dans un phare, la nuit…) prend les commandes de la chose et traite le Robert comme une merde. Il parle et parle, pète à tout vent, éructe, au grand dam de l’ami Robert qui se fait royalement exploiter : de jour, c’est lui qui se tape toute les corvées ; arrivée la nuit, Dafoe monte dans son phare et se branle (littéralement) devant cette lumière fracassante. Bien. Pour l’instant, on essaie encore d’y croire. On sent que Robert (fragile des nerfs, au passé trouble) parviendra vite au point de rupture face à cet ogre qui lui laisse de moins en moins de liberté. L’atmosphère se détendra quand Robert cèdera à la boisson et que les deux compagnons d’infortune se saouleront comme des cochons. Des saouleries qui tissent des liens mais des délires plus spiritueux que spirituels qui semblent aussi les rapprocher chaque jour un peu plus vers la folie… Eggers exploitera au maximum cette tension (de plus en plus sexuelle) qui se joue dans ce phare-bite du bout du monde. Quitte à partir en vrille ?

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C’est toujours le problème : il est des sujets qui demanderaient un certain niveau de sobriété pour rester crédible. Ici, irrémédiablement, les deux acteurs (en proie, Pattinson, aux hallucinations, Dafoe, à la mythomanie) vont avoir tendance à faire une petite démonstration de leur palette (c’est à celui qui prendra l’air le plus monstrueux, le plus inquiétant - les grimaces puis les postures...) et forcément, on est jamais loin dans ce cas-là du grotesque. On espérait du noir, de l’intime étouffant, de la finesse, de la douce folie et malheureusement le scénario et l’interprétation tendent de plus en plus à l’esbroufe, à la violence gratuite, à la folie pure et dure… Dafoe, rapidement, devient victime de ses excès (le vieux loup de mer (imaginaire) qui se la raconte ne fait plus illusion) et Pattinson-Icare, schizophrénique en diable, de vouloir prendre du galon, de la hauteur quitte à se brûler les ailes… C’est too much et cela sonne malheureusement souvent (ces saouleries systématiques, ces chants potaches, ces chahutages puérils) aussi creux que ce phare qui ne sert que de caisse de résonnance à ces deux enfermés du bocal. On est forcément déçu devant la piste scénaristique ultra prévisible d’Eggers (putain, lâchez cette hache, on sait très bien comment cela finit…) qui laisse ses deux acteurs faire leur petit numéro – ce qui n’amuse d’ailleurs même pas les mouettes, plutôt rieuses, d’habitude. Un phare esthétiquement soigné dont la lumière peine indubitablement à nous atteindre…   (Shang - 30/12/19)

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Malheureusement sur la même longueur d'onde que le grand Shang (qui sème dans son texte des allusions mythologiques ou sexuelles qui m'avaient, je l'avoue, échappé). J'attendais moi aussi beaucoup de ce film qui promettait sur le papier, d'autant que le premier film d'Eggers état plutôt intéressant et que, esthétiquement, The Lighthouse faisait de l'oeil. De ce côté-là, c'est vrai qu'on est pas déçu : noir et blanc somptueux, format carré, sens du cadre magnifique, Eggers soigne indubitablement ses effets et charge son film de références excellentes, de Dreyer pour le cadre à Kubrick pour le sens du rythme et les plans torves (toujours 2001 en point de mire, décidément une des plus grandes références du cinéma), de Lynch pour l'aspect onirique à Lovecraft pour les monstres gluants et les idées déviantes (une scène de sexe avec une sirène, il fallait oser). Dans les premières minutes, on en prend plein les mirettes avec ce montage très cut sur des plans superbes, qui sont autant de tableaux qu'on rêverait d'avoir en fond d'écran. Tout au long du film, et même si l'esthétique se fait heureusement un peu oublier au fur et à mesure que le scénario devient mystérieux, on retrouvera quelques bonheurs purement formels, mon préféré étant ce cri saturé et cette image qui passe en négatif quand Pattinson, sur la fin, s'approche enfin de la lumière. C'est certes clinquant, un brin crâneur et gratuit, mais après tout, on peut aussi de temps en temps prendre un plaisir d'esthète au cinéma, ça ne gâche rien.

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Mais cet écrin cache une histoire assez usante, et bientôt le vernis craque. Cette trame très facile de folie qui s'empare d'un homme en milieu clos fatigue assez vite, d'autant que Pattinson, trop beau, trop jeune, trop dans la contemplation de lui-même pour vraiment correspondre au personnage, échoue à donner à son personnage le mystère visé par Eggers. Une fois qu'on a compris qu'on est dans la tête du garçon, et qu'il est fou, la porte est ouverte à tous les délires, et le film cesse d'intéresser parce qu'il devient un pur illogisme. Peu importe que monstres et sirènes s'enchaînent, peu importe qu'on massacre ici une mouette ou qu'on pique là une crise de mysticisme, rien ne vient donner une once de logique à cette histoire qui part définitivement en torche. Eggers appuie pourtant bien fort pour nous montrer la schyzophrénie, l'isolement, la folie qui s'empare peu à peu de son personnage : le fim est très long, beaucoup trop répétitif et ne cesse de revenir sans cesse en arrière dès qu'il nous a donné une petite scène un peu spectaculaire. On ne compte plus les scènes de soûlerie entre les deux gusses, on ne compte plus les scènes de conflit et les réconciliations, on ne compte plus les motifs étranges qui jalonnent cette histoire gothique. Dafoe s'amuse bien, de toute évidence, dans ce rôle taillé sur mesure, et nous offre un vieux marin digne des romans de notre enfance ; même s'il en fait beaucoup dans le registre, on se marre devant ses grimaces torves et sa voix rocailleuse. Mais là aussi, le gars n'est jamais inquiétant, juste énorme, comme s'il s'était arrêté au stade de l'ogre pour enfants au lieu de s'attaquer à la vraie monstruosité de son personnage. Bref, on s'ennuie pas mal devant cette succession de scènes toujours les mêmes, en se disant qu'avec un tel contexte, un tel décor, un tel point de départ, et un tel sens de l'esthétique, Eggers aurait pu faire mille fois mieux.   (Gols - 17/01/20)

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