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Fallait pas boire de la sangria.

Voici longtemps qu'on n’avait pas recroisé la route du gars Gaspard, dit le roi du plan-séquence, de l'hallucination, des déclarations philosophiques lapidaires et parfois un peu creuses. Ici un groupe de djeun's, dans les nineties, qui aiment à bouger leur body. Ils sont dans une salle à l'écart du monde, entourée par la neige, un endroit cosy par excellence où chacun devrait pouvoir vivre au calme ses désirs, ses amours. C'était sans compter sur cette putain de sangria qui va plonger quasiment l'ensemble des danseurs dans des délires paranos, sexuels, violents, destructeurs. On a fait ainsi le tour de la question, résumant en cinq lignes un scénario de cinq pages (si). Bon l'essentiel est alors sans doute ailleurs ? Oui, bon, Noé (qui de toute façon s'en contre-fout de plaire ou non) est un caméraman formé à l'école Lelouch sous acide (la classe dans la cave) : autant dire que chez lui on est généralement en mouvement à filmer des corps en mouvement, en transe, en colère, en crise (quand ces mêmes corps discutent posément (de cul, de cul, ou de cul), on se dit que ce n’est pas forcément mieux cela dit)... Au niveau de la mise en scène (ultime petit plan séquence de plus de 40 minutes alors que nos danseurs vont mal, très mal), c'est évident qu'on est dans la démonstration de force : on gueule, on baise, on prend feu, on saigne, on frappe, on baise, on danse, on boit (putain, on avait dit d'arrêter avec la sangria !!!!), on se déchire, on se recoud, on meurt... Oui, quand on a décidé d’embarquer sur son arche, un film de Noé est toujours une expérience particulière, ou éventuellement aussi une épreuve... J'avoue pour ma part, que même si je suis un danseur de talent qui aime à faire bouger ma chair en rythme (no comment), que ce cinéma-là ne me met aucunement en transe voire m'emmerde un brin. Je ne veux pas faire la fine bouche devant ce déferlement de corps en plein, un cinéma qui trouve ses racines quelque part entre Pasolini ou Fassbinder : je veux juste avouer mon petit désarroi devant cette chose bruyante et saignante : Noé, comme à son habitude, balance la sauce sans faire gaffe au mur - on peut trouver cette œuvre 'habitée par la folie" (ce qu'elle est indéniablement) ou tout simplement vide par ce déchainement gratuit. « Mourir est une expérience extraordinaire » nous balance-t-on sur un carton, j'ai quand même envie d'ajouter "pas forcément" ; Noé, avec son sérieux du diable, veut nous asséner son pensum sexuello-rythmique (jusqu'à l'inceste, jusqu'à la gerbe aussi) à grands coups de lumières rouges, stromboscopiques, de musique de boîte et de plans biscornus, son bazar tourne quand même rapidement en rond, se cogne contre les murs avec une auto-satisfaction larvée. Bref, un peu nihilax.

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