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Sofia Aouine a donc grillé Emma Becker pour le prix de Flore. Mouais... Oh, attention, il y a chez Sofia Aouine une certaine velléité de faire dans le style "ado" (si en vogue) pour donner à son roman un petit côté naïf et drôle face à cette chiennerie de vie. On sent que la Sofia a bien bosser son Gary / Ajar de La Vie devant de Soi qu'elle cite d'ailleurs dès le premier chapitre. On sera donc en mode "je découvre la vie et ses difficultés (le pays de Cocagne de la Goutte-d'Or) avec pour seul plaisir qui vaut d'être vécu lors de cette période de transition : la branlette". On pourrait estimer que c'est un peu court mais avouons que la bougresse possède du souffle : on surfe sur le récit du gars Abad avec une certaine facilité tant le gamin-narrateur distille ses petites tournures ethnico-drolatiques avec un certain sens de la créativité et sa narration ne manque pas de rythme... Au niveau des événements, rien de neuf madame la Marquise : tout va très mal dans cet arrondissement cosmopolite : parents défectueux, putes maltraitées, drogues omniprésentes et salafisme tentaculaire. Notre pauvre chtit gars, entre deux branlettes, tente bien de trouver sa place, de trouver du réconfort (chez une pute... plus dure sera la chute) ou chez une vieille (pas facile de se rappeler, par définition, qu'on a Alzeihmer), de se concocter des aventures (aller dans un bordel en Espagne !!!! - L'histoire s'arrêtera aux portes de Paris) mais à chaque fois, il tombera un peu plus bas... Il devient une sorte de Doisnel des temps modernes, un type pas méchant en soi qui cherche juste à éviter les coups et qui sera envoyé, punition suprême, non pas dans une école dite de redressement mais, pire, dans une ferme dans la somme (une famille d'accueil en particulier célèbre pour avoir reformaté Guy Georges - hein ? oui, ce ne fut pas un franc succès). Abad essaiera tant bien que mal de voir le bon côté des choses (l'amour adolescent salvateur) mais devra là encore privilégier la fuite pour s'en sortir sans coup fatal... Un petit récit sur la misère sociale de notre époque sans misérabilisme conté sur un ton, disons-le, assez enjoué. Une petite bulle de crasse qui se lit avec une certaines légèreté mais qui n'arrive pas, dans son ambition ou son originalité, à la "fondation" du bouquin de Becker. Un prix de Flore qui devrait assez vite se faner.