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Voilà un film un peu mal aimé du pauvre Lubitsch (mort après huit jours de tournage...) repris par la main de fer dans un gant de fer par Preminger. Un film pour lequel il est difficile de parler pour le coup de Lubitsch touch, voire de Lubitsch finger - à peine pourrait-on évoquer un Lubitsch nail. Quant à Betty Grable (Betty Grable, nom d'une pipe !), ce film était à ses yeux celui qu'elle aimait le moins - ce qui ne permet guère de rendre la chose plus populaire… Eh bien, je vais peut-être vous étonner, et ce n'est pas forcément par amour du contre-pied, mais j'ai trouvé personnellement cette "ultime" œuvre tout à fait regardable. Grable, que je trouve pour ma part relativement pétillante ici, parvient à enchainer parfaitement des répliques drolatiques, façon screwball comedy, avec deux partenaires plutôt en verve : son mari, Cesar Romero, est presque plus crédible en gitan qu'en baron, certes, mais son potentiel comique est authentique (quand il s'attaque contre toute attente à ce morceau de violon, il est absolument irrésistible) ; Douglas Fairbanks Jr en prétendant hongrois (il est à la tête des troupes qui envahissent le château de Bergame tenue par Betty) n'est pas d'un charisme foudroyant (à peine 40 berge, le gars, et je lui donnais plus, oups) mais il a tout de même un certain timing et des mimiques adéquats pour tenir la discussion, lui donner du rythme... Ajoutez à cela des séquences pleines de fantaisies (les ancêtres qui sortent du cadre : bien belle idée), d'autres pleines de romantisme échevelé (la danse sur la table du salon, une scène assez peu commune en haute société), un petit air qui reste facilement en tête (♪ this is the moment ♪) et vous avez une petite mouture musicale qui tient son rang...

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Alors oui, les morceaux musicaux sont un peu rares et répétitifs, les chorégraphies sont a minima, la mise en scène jamais aussi classieuse et fluide que si le maître avait été aux manettes et le scénario diablement prévisible (une femme mariée, un mari un peu lâche, un prétendant prêt à tout pour faire fondre la lady in hermin : qui sortira vainqueur ??? J’ose à peine poser la question). Oui, on sent qu'il manque un peu d'entrain, de souffle à la chose qui reste, qui plus est, un peu trop cloisonnée dans le même décor. Mais (thèse / antithèse / thèse : il faut finir sur une bonne note), les couleurs restent absolument resplendissantes, le Douglas dans ses soudains emportements (une belle capacité à hurler avant de se radoucir en trois secondes) est plutôt drôle et la Betty, avec sa bouche en cœur et ses yeux au chlore, fait parfaitement ressortir ce manteau d'hermine : elle est charmante, même la bougresse, quand elle se donne du mal. Bref, pas une fin de série pathétique et nullissime, mais un dernier film où le fantôme de Lubitsch n'a franchement pas à rougir. C'est dit et assumé.

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