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Ah vous ne pouvez pas dire qu'on ne vous fait pas voyager sur Shangols, dans le temps et dans l'espace : nous voici donc avec ce titre plutôt serein à la fin des années 60 en Egypte : l'Egypte, ses parties fines, ses triathlon au bord du Nil, ses courses en chameau... Pardon je m'égare, d'autant qu'ici on est plutôt dans le domaine de la romance dramatique. Pour la faire courte, il s'agit tout simplement de l'histoire d'une vengeance : une jeune femme, Amna, rentre au service d'un "Ingénieur" pour se venger de la mort de sa sœur. Il avait abusé d'elle (comme il abuse de toute ses servantes : un droit de cuissage définitivement pré metoo#), elle en est morte (de la main de son connard d'oncle pas très ouvert d'esprit), Amna veut remettre les compteurs à zéro. L'empoisonnement ? Non, elle n'a pas le courage. Le rendre dingue, fou d'amour pour elle, lui résister et le voir se noyer dans sa douleur ? Voilà une stratégie qui lui semble plus convenable (oui la psychologie égyptienne m'échappe, jamais trop compris une chanson de Dalida personnellement) même si attention : à force de roucouler à ses côtés, elle n'est pas à l'abri de trouver du charme à cet ennemi juré, honni...

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Un village reculé en Egypte, des mœurs arriérées, un oncle aussi ouvert d'esprit et humaniste qu'une compile de Zemmour et Moix, une mère ultra-protectrice envers ses deux filles... On se dit, alors que la copie craque un peu au départ, qu'il va falloir s'accrocher devant cette œuvre venue d'un autre âge. Heureusement, on a la foi envers ce réalisateur bien nommé et on sent dès le départ un vrai potentiel romantico-tragique dans les yeux de cette héroïne locale, la chtite Amna. Oui la mort de sa sœur casse l'ambiance, ou les pleurs et les divagations de sa mère font froid dans le dos mais la chtite ne rompt point et semble bien décidée à faire payer à l'ingénieur son horrible forfait. On pense qu'elle va, comme toutes les autres, rapidement craquer dans les bras de cet homme à fine moustache et aux procédés weinsteiniens (viens dans ma chambre, donne-moi un petit baiser, laisse-toi broyer dans mes bras brrrr...) mais la chtite est fine, lui échappe comme une anguille et met l'homme en pamoison. Seulement voilà, elle parvient presque malgré elle à humaniser cet homme qui prend à la fois conscience de ses travers et de son attachement véritable à Amna  ; et cette dernière, qui n'est pas non plus complétement de glace, commence à montrer des failles dans sa stratégie de démolition - l'idée de vengeance froide, laisse la porte entrouverte à l'idée de rédemption... A moins qu'une sorte de deus ex machina vienne accomplir la marche implacable du destin : l'ingénieur ne peut s'en sortir à si bon compte...

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On est réellement touché par tous les trésors d'adaptation que déploie cette frêle Amna. Simple gamine sortant de la cambrousse, elle va savoir faire son petit chemin pour ne pas tomber dans les pièges et garder son cap, sans galvauder sa morale. Qu'elle sourit, qu'elle pleure, qu'elle charme, qu'elle échappe aux désirs de cet ingénieur dskisé (« je suis intenable le soir quand je bois... il faut quand même aussi se méfier de moi le matin quand je suis à jeun »), cette jeune femme, Faten Hamamah (joli nom en miroir), tient le film sur ses épaules, lui donne toute sa noirceur (la scène tendue d'empoisonnement : elle paraît alors tout fébrile, tremblotant de tous ses membres) et sa luminosité (le pique-nique apaisé entre elle et son "maître" : chacun de ses sourires est une grâce du ciel – au moins). Malgré une musique parfois tonitruante (bon c'est peut-être ma version aussi...), elle apporte une réelle douceur à ce film d'hommes âpres (l'ingénieur et l'oncle, pas des saints, nom de Dieu). Un film au final aussi grisant et grinçant que le chant du courlis qui mérite, par son romantisme rugueux, absolument le détour.

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