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Un "film de tunnel" nippon, comment ne pas être preneur surtout quand il est signé d'un Imamura en début de carrière. Ils sont cinq, comme les cinq doigts de la main, pour récupérer dans un ancien abri des cachets de morphine qui ont été enterrés dix ans plus tôt, à la fin de la guerre. Premier petit problème, il n'y avait que trois personnes et un certain lieutenant qui ont participé à l'opération initiale. Le lieutenant est mort, sa sœur prend le relais pour mener cette opération dix ans plus tard mais il y a bien parmi les quatre gus un gars qui ment : qui ? Est-ce le pharmacien aux traits anguleux, un type suspicieux qui regarde tout le monde de travers ? Est-ce le restaurateur, un petit gros motivé qui compte sur cette opération pour enfin se faire des couilles en or ? Est-ce le malfrat qui cherche toujours la bagarre ? Est-ce le professeur aux allures de guenille ? Chacun tente de se rappeler de l'autre dix ans plus tôt (- Toi, je ne t'ai jamais vu /  - Mais si, je surveillais la porte de derrière ! / - Ah ?") sans trop avoir la mémoire vive. Ils décident, aux côté de cette jeune femme, une certaine Shima (Misako Watanabe) que tout le monde aimerait se taper, de commencer l'opération : ils louent un local dans la rue et creusent un tunnel jusqu'au magasin du boucher où se trouve, sous terre, le magot. A cinq, en une dizaine de jours, cela devrait être faisable. C'est en effet possible, reste tout de même à ne pas s'entretuer d'ici là...

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On est plus dans la comédie noire grinçante que dans le thriller ; nos cinq caractères s'observent, tous prêts à faire le max pour avoir les cachetons mais en se méfiant aussi constamment des uns des autres. Se faire Shima au passage (ou à la fin) serait un bonus. Chacun met la main (et sa pelle) à la tâche et commence ce travail de mineur. Shima allume un peu tout ce qui se passe, en particulier le jeune fils du proprio un peu pataud. On sent bien que c'est elle qui tire les ficelles de ses hommes aveuglés par l'espoir de la thune et le sourire de cette jeune femme qui leur est tombée dans les pattes. Le malfrat ne tarde pas à disparaitre (il est arrêté et mis en prison pour vol avec violence) mais on sent que jusqu'au bout le type peut ressurgir et mettre tout le monde d'accord. Il y a un peu trop de promiscuité dans ce petit magasin qu'ils ont loué et comme il y a toujours un couteau qui traîne dans le recoin d'une pièce on sent qu'à tout moment un des cinq doigts de la main peut perdre une phalange. On soupçonne tout le monde tout du long de vouloir la jouer solo, le règlement de compte final (en cascade, ou en domino) ne nous décevra point : le final, très noir, sous une pluie torrentielle, comblera en effet notre envie de noir, et de causticité. Imamura filme souvent de haut ses petits insectes avides toujours à l'affût d'une opportunité pour prendre le dessus et bouffer son voisin. Il y a bien un soupçon de romance (le jeune fils du proprio qui drague la fille du boucher - qui le fait lambiner - avant de tomber dans les griffes de Shima), d'humour nippon (entre grivoiserie et plaisanterie popu) mais c'est plus la noirceur et la violence qui finissent par prendre le pas dans ce film : ces odeurs de sexe, de sueur, de thune, ne pouvaient que finir par faire exploser la cocotte-minute. Les dernières minutes sont saignantes et nous offrent notre lot de vengeance humaine bien crade. Il y a quelque chose de pourri au roya... oh, c'est bon, on s'est déjà servi vingt fois de la même remarque. Imamura et la nature humaine tome 1 : déjà des désirs qui puent la mort.

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