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Toujours un peu craintif quand je vais voir un Christophe Honoré, j'en ressors à peu près toujours dans le même état : à la fois charmé par l'originalité du ton, par sa façon de nous surprendre sans cesse, de se renouveler et de nous faire pénétrer sans ambages dans son univers très personnel, et agacé par son côté parisien chic, par sa superficialité. Même sentiment avec ce Chambre 212, qui a au moins ceci de différent avec les dernières productions du bougre qu'il est léger et drôle, poétique et sentimental, là où il tombait parfois dans la caricature de lui-même. Il y a même dans ce film un certain romantisme assumé, qui peut par exemple passer par des chansons envisagées purement sentimentalement, ou présenter un dialogue qui ne cache pas son sentimentalisme. C'est agréable de voir ce maintenant vieux briscard d'Honoré se ré-aventurer sur les petits chemins de la légèreté fleur bleue, parvenant même à réaliser finalement une comédie musicale sans chansons et sans danse.

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Ceci dit, c'est très très loin d'être convaincant. Dans cette histoire assez rocambolesque de femme infidèle qui va passer la nuit dans une chambre d'hôtel en face de son appartement, on aime deux choses. L'idée d'abord ; puisque cette jolie idée légèrement perverse se transforme en bilan de vie amoureuse. La chambre d'hôtel 212 va devenir le théâtre de remises en questions, de fantasmes, de questionnements parfois douloureux, qui prennent la forme de personnages appartenant au passé ou à l'imaginaire de Maria, et qui viennent s'entasser façon Marx Brothers entre ces quatre murs. Mari métamorphosé en lui-même plus jeune, maîtresse potentielle d'icelui, anciens amants, et jusqu'à un homme représentant la volonté de Maria, passent dans la chambre, qui devient ainsi la caisse de résonnance des pensées de celle-ci. Le personnage est beau et moderne, assumant mal son côté volage, à la fois romantique et cynique, et elle trouve dans cet écrin fantaisiste, qui peut rappeler les films de Blier ou une certaine tradition de la comédie française intello, un parfait terreau pour se développer. D'autant que, deuxième belle chose, la mise en scène d'Honoré est inventive, chaleureuse, originale : ce décor de studio sous la neige, ce dispositif taquin des deux chambres qui se font face, cette façon de filmer tout ça comme un vaudeville auquel on aurait enlevé son ringardisme, ses brusques appels d'air (notamment lors d'une belle scène en bord de met avec Carole Bouquet), tout ça est charmant, et l'ajout des chansons qui vont bien (ça va de Scarlatti à Aznavour) rappelle le grand sentimental qu'est Honoré, et l'aspect touchant de cette histoire.

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Mais au nombre des choses ratées, il faut malheureusement mettre les acteurs. Avec Biolay et Cottin en tête d'affiche, on ne pouvait guère s'attendre à du Laurence Olivier, certes ; mais là ils sont en-dessous de tout, le premier dans sa composition maladroite de cocu malheureux, borborygmes à la place des dialogues et physique dans les choux ; la deuxième en se montrant complètement perdue face à l'enjeu du film, ne comprenant pas ce qu'elle fait là, hésitant constamment entre farce et tragédie (n'est pas Balasko, pour rester dans le registre Blier, qui veut, si on se souvient de Trop belle pour toi). Chiara Mastroianni est filmée magnifiquement (elle n'a jamais été aussi belle), mais se montre également inégale dans le film, parfois charmante et glamour, parfois curieusement laborieuse, bien meilleure dans le registre de la légèreté que dans le drame. Seul notre petit Vincent Lacoste s'en sort très bien, puisqu'il ne prend pas la chose trop au sérieux, et s'amuse beaucoup. Les dialogues, trop écrits, trop brillants, trop démonstratifs, enterrent un peu plus le film, alors qu'il aurait pu être une chose pleine de charme et sans conséquence, et finir par vous toucher doucement. Au final, amusé, oui, mais pas totalement convaincu non plus...