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Soderbergh nous fait découvrir à nous, public français (je dis ça, peut-être que certains le connaissent déjà au-delà de cette œuvre...), l'indéniable talent de conteur du showman Spalding Gray... Je dis showman mais les mises en scène du gars ferait passer celles de Desproges pour un cascadeur : le type reste derrière une table, avec un petit cahier dessus, assis, et commence à se lancer dans ses fameux "monologues". L'histoire de sa vie (genre de Philippe Caubert en dix fois moins démonstratif), de son enfance, de ses amours, de ses enfants... tout y passe, en un flux de mots qui semble absolument intarissable. Le type possède une diction quasi parfaite (il peut enchainer quarante-deux phrases en apnée) qui ferait passer Julien Lepers pour un bègue. De ses problèmes psys à sa vision de la mort, on saura tout tout tout sur ce qui lui traverse l'esprit... C'est un peu auto-suffisant comme process, non ? Mouais, mais le type le fait avec une telle décontraction, un tel sens de la discussion, pardon de la monodiscussion badine que cela ne gonfle jamais. Soderbergh nous donne à voir divers extraits de ses spectacles ainsi que des extraits de ses interviews et le type ne se départit jamais de ce "flegme du conteur" sûr de son fait et de l'intérêt de son histoire. C'est forcément parfois un peu drôle mais d'un drôle dont on rit doucement, avec retenue et respect ; ses histoires ne sont pas particulièrement subtiles mais le type les narre avec une telle franchise, une telle précision qu'il parvient souvent à toucher la petite corde sensible, humaine qu’il nous reste. Le gars paraît presque (et ce au bout de 90 minutes seulement) une sorte de proche (faut dire, hasard total de ma "programmation" hasardeuse, que je viens juste de me rendre compte que j'ai aperçu le type hier dans le rôle du consul américain dans La Déchirure - si, si, je reviendrai d’ailleurs plus tard sur ce film...) - forcément cela crée un lien. Plus sérieusement, le type se confie avec une telle gentillesse, un tel naturel no surfait qu'on se dit qu'il ne devrait pas être désagréable, genre, de boire un verre avec lui à l'occasion – et puis on se rend compte que le type est mort il y a 15 ans et on la ferme. Bref, un montage assez riche qui permet de voir à diverses périodes de sa vie ce type qui ne fait que se raconter lui-même : le personnage qui pourrait, disais-je, paraître vite gonflant finit ici bizarrement par nous prendre dans les rets de son auto-story-telling. Un petit apéritif narratif primesautier et point déplaisant. 

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