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Envie d'un peu de légèreté après ma vision de La Roue de Gance... oui, certes, mais il ne faut peut-être pas exagérer non plus. Ce Soir ou jamais fait de la légèreté son sujet même, si bien qu'on se retrouve avec même pas une miette sous la dent à la vision de la chose. Deville fait de vigoureux appels du pied en direction de la Nouvelle Vague pour son premier film réalisé seul, engageant des acteurs repérés dans le genre (Karina, Rich), multipliant les répliques cyniques qu'adoraient les jeunes dandys de l'époque, jouant un marivaudage rohmérien en huis-clos, et finissant par produire un objet assez amateur (mais c'est une qualité pour le coup), qui passe comme une bulle de savon et ne dit pas grand-chose sur l'état de la jeunesse de son époque.

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Une nuit dans l'appartement et dans la vie de Laurent (Claude Rich, donc), jeune homme riche, publicitaire, désireux de monter un spectacle (un "show" dit-il, à l'américaine) avec sa bande de potes assez bordéliques : il y a là l'élégant Georges Descrières, le turbulent Guy Bedos, l'intellectuel Michel de Ré, et les gigolettes de passage : Jacqueline Danno, Anne Tonietti et la belle Anna Karina, amoureuse de Laurent, et avide d'obtenir un rôle important dans sa production. Quand l'actrice pressentie se déclare out (elle a pris un bus dans la gueule, dis donc), Karina est sur les rangs, mais par jeu, par cynisme, par cruauté, Laurent préfère organiser un casting avec deux jeunes filles en fleur. L'occasion de voir Françoise Dorléac briller, et surtout d'admirer le personnage subtil d'Éliane d'Almeida, suave poupée au joli jeu profond. Bon, ça se dispute, ça se provoque, ça danse collé-serré sur les airs à la mode, ça fait semblant de sortir avec le meilleur ami pour déclencher les jalousies, et ça se termine par des bisous sur la bouche et des pardons murmurés, à l'aube, toute crise effacée. C'est aussi consistant que ça.

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Pas désagréable cette petite chose qui montre la superficialité de l'époque, qui joue avec les sentiments et les amours comme le chat joue avec la souris. Deville, on le sent, voudrait bien réaliser une comédie cruelle et un portrait à charge de ces jeunes intellos nantis trompant leur ennui dans des soirées avinées et un peu glauques. Il ne réussit qu'à faire un film plaisant, parfois drôle, parfois enlevé, mais qui n'est pas beaucoup plus qu'une croquignolette chronique de moeurs de jeunes gens modernes. Les acteurs sont très inégaux : pour un Descrières curieusement touchant et une d'Almeida dont j'ai déjà dit tout le bien que j'en pensais, on a droit à un Guy Bedos assez mal à l'aise dans l'impro (on lui a dit de faire le pitre, et le résultat est parfois presque gênant) et surtout une Anna Karina au-delà de l'agacement : elle surjoue sa femme-enfant tête à gifles, prenant des poses trop mignonnes de gamine aux grands yeux, et minaudant à qui mieux mieux avec sa voix ; je n'aime pas cette actrice, que voulez-vous, même chez Godard. Quant à Rich, il est parfaitement à l'aise dans cet emploi qui est désormais le sien et qui le restera jusqu'à la fin de sa vie : l'intellectuel farceur au verbe leste. Toute cette bande éclectique est au service d'un scénario épais comme ma déclaration d'impot (Nina Companeez a pourtant co-écrit) et qui fait beaucoup moins d'effet pourtant. C'est pas mal fait, plutôt bien réalisé compte tenu des contraintes (un seul lieu, l'étroitesse de celui-ci, une bande d'acteurs un peu en impro...) et agréable si on a envie d'un film sans ambition. On est cependant à 10000 lieues d'un film comme Une Femme est une Femme, par exemple, sorti la même année, école dont Deville se prétend avec Ce Soir ou jamais l'élève appliqué.