9782221203231,0-5863626Un petit Dominique Forma de temps en temps, c'est l'assurance d'un moment sans conséquence en compagnie d'un polar qu'on picore par-ci par-là avec un intérêt à peu près aussi grand qu'est pressant l'appel de la sieste. C'est dire tout l'intérêt de la chose, mais aussi son plaisir secret, qui fonctionne encore avec ce Coups de Vieux sans aucune envergure mais sans aucun complexe de grandeur non plus. Pour tout vous dire, c'est la proximité de cette histoire avec l'endroit où je vis qui m'a poussé à la lecture : André, sexagénaire par ailleurs ancien d'Algérie, découvre sur la plage libertine du Cap d'Agde le cadavre d'une jeune femme qui se trouve être la fiancée de son meilleur ami. Celle-ci était en train de construire un vaste projet de discothèque pour sauver le château "pinardier" de son amoureux de la faillite, et pourrait bien avoir été la victime des mic-macs de la mafia locale. André va devoir s'associer avec un autre vieux, Clovis, situé exactement à son opposé dans l'échiquier politique (le gaucho contre le facho, quoi) pour mettre à jour la vérité, quitte à ressortir les vieux réflexes guère glorieux de l'Algérie et à prendre pour complice une belle partouzarde pas farouche. Une sorte de duo désaccordé, qui passe son temps à s'engueuler, et qui peu à peu va mettre le doigt dans une machine un peu trop grande pour eux, à base de tueurs froids et de tabassages raffinés. Tout le Sud est donc convoqué là-dedans : libertinage, fortunes familiales dilapidées dans des plans louches, grande délinquance, montée des extrémismes. On est calme et on boit frais au milieu du "changue des cigaleu".

Outre que le roman donne quelques bonnes adresses pour se garer facilement sur la Baie des Cochons (après le supermarché, suivez le chemin de terre puis prenez à droite sur 200 mètres), il donne aussi parfois de bonnes pages à l'ancienne grâce à ce marrant rapport entre les deux frères ennemis. L'intrigue est complètement nulle et le suspense inexistant, mais ces deux vieux sont sympathiques, ont le verbe vert et parviennent à rendre le bouquin attachant. Comme est attachant ce personnage de libertine sans foi ni loi, sans honte et sans limite : inutile pour la progression de l'enquête au point de se demander si Forma ne l'a pas extirpée d'un autre roman inédit, elle marque des points, placée exactement entre André et Clovis et leur renvoyant l'image d'une jeunesse désinhibée qui les dépasse. Voilà, on a à peu près fait le tour de ce bouquin qui n'aurait pas dépareillé au milieu d'une collection de San Antonio ; pas tant dans l'écriture que pour la consistance de l'enquête, aussi futile qu'un sous-vêtement au Cap. Forma connaît bien son coin, le dépeint avec goguenardise, se marre bien des petites vanités et des petits secrets d'alcôve, mais échoue à plonger son intrigue dans le noir polardeux qu'elle aurait mérité. Tout ça reste indécrottablement superficiel et oubliable, malgré l'humour et le talent pour planter son atmosphère dans un milieu très précis. Ça s'avale tout seul, sans jeu de mots.