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Paul Robeson ou l'homme pour lequel l'expression "avoir une voix caverneuse" semble avoir été inventée. Turell dans ce doc d'une trentaine de minutes s'intéresse à la carrière théâtrale de Robeson (mythique dans Othello - pas vu, forcément mais c'est ce qui se dit), à sa carrière cinématographique (mythique Empereur Jones) mais surtout sa carrière de chanteur et ses prises de position politiques - d'où l'expression, d'ailleurs, "Paul positions" in english (l'homme était plutôt à gauche, enfin même vraiment à gauche) - des idéaux qui lui valurent quelques petits ennuis dans cette Amérique pays des libertés (on lui supprima pendant dix ans son passeport purement et simplement : il finit par gagner son combat en justice mais sa carrière en avait pris entre-temps un sacré coup dans le baba). Turell, c'est assez intéressant, se penche sur la façon dont Robeson a, au fil des ans, modifié les paroles de la chanson (mythique, oui) Old man river (ol' ma' ive' pour les puristes) : en fonction du lieu (en Pologne notamment), en fonction de son combat (pour la cause black, off cou'se), en fonction de sa colère (pour sa propre cause, nom de dieu), Robeson a su subtilement subtiliser quelques mots par d'autres pour faire évoluer les paroles avec le temps. Car l'homme, plus qu'un interprète, était un type engagé qui ne laissait pas dire aux autres ce qu'il avait en tête ; et croyez-moi que quand il se mettait à chanter, personne ne cherchait à hausser le ton (une voix de stentor extraordinaire - et même cette petite tafiole de Maître Gim's aurait préféré bouffer son voice coder plutôt que de le provoquer sur le terrain du chant) ni à lui chercher des noises (un coffre de banque, de grosse banque) ; Robeson, la baraque, qui sut à son époque, et c'est bon de le rappeler, faire entendre sa voix et, par la sienne, celle des sans voix. Un artiste et un type avec des cojones incommensurables. Bien.

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