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Voilà un film de mineurs qui se situe dans les années 20, à une époque où la constitution de syndicat était la seule échappatoire... Même si forcément, cela n'allait pas sans quelque violence. Sayles signe une œuvre gris-anthracite de bon aloi : les bleus dans cette ville de Matewan sont gris, la forêt est grise, les mines de nos mineurs guère à la fête sont grises. Un certain Joe Kenehan (Chris Cooper, aussi expressif qu'une pomme morte) débarque en ville pour mettre en place cette fameuse "union" ; il parvient à solidariser mineurs locaux, blacks et ritals ce qui est en soi pas une mince affaire. Bien que cette alliance se déroule (malgré les tensions originelles) dans la bonne humeur (les mineurs tapent le bœuf ensemble, c'est dire), le combat à mener s'avère des plus rudes ; car en face il y a les fameuses milices armées par les exploitants miniers (excellent Kevin Tighe avec sa face porcine) ainsi que des traîtres (au moins un...) au sein du syndicat. Joe tente de calmer au maximum les choses ; seulement, après de multiples incidents de part et d'autre (dont l'un particulièrement tragique), la confrontation finale (mineurs vs milice) s'annonce inéluctable.

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On savait que Sayles n'était pas le cinéaste le plus démonstratif mais une chose ici est clair : diable que le rythme est lent et les effets de manche (autrement dit les mouvements de caméra) rares ; on peine à franchir sans bâillement les deux heures de cette illustration certes intéressantes sur le fond, soigné (a minima) sur la forme (sans faire injure au gars Sayles, certaines discussions sans fin sont filmés avec autant de passion et d'invention qu'un simple téléfilm) mais terriblement plombante. On se doute forcément du déroulé de la chose (les miliciens de plus en plus porcins, les mineurs de plus en plus spoliés) et l'on se serait volontiers passé d'une bonne heure pour passer directement au dénouement... Sayles décide pourtant de faire certaines ellipses mais qui sont, elles, pour le coup, difficilement compréhensibles (pourquoi tous les témoins des agissements du "traître" ne témoignent jamais directement auprès des mineurs ?... cela apporte une pointe de confusion à un récit pourtant simpliste). Dans les dix dernières minutes, le face à face armé se met enfin en place mais on est malheureusement déjà un peu las de la chose comme si toute tension avait déjà disparu... Sayles fait preuve indéniablement tout du long d'une certaine maîtrise technique mais par manque d'inventivité, de prise de risque livre une copie sans beaucoup de relief. Un peu minant.

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