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Et un film albanais, hein, c'est pas courant non plus. Et un pas mauvais du tout d'ailleurs. Une chose est sure, en tout cas, c'est que la vengeance albanaise n'est pas à prendre à la légère, qu'il y a même tout un vocabulaire spécial pour la décrire et après avoir vu ce film on a qu'une certitude : ne jamais fumer un Albanais. C'est pourtant ce qui arrive à ce père de famille qui a la tête près du bonnet : un couillon de voisin refuse à la carriole du père l'accès à son champ (alors que cette route, un raccourci pour le père, a toujours été ouverte à tous), les insultes fusent, on se menace, puis le pater appelle son frère, puis le couillon sort un couteau et c'est l'escalade : le couillon meurt, le frère est emprisonné et le pater en fuite... Seulement voilà, tant qu'il ne se rend pas à la justice, la menace pèse sur sa famille : son aîné, en premier lieu, et les trois autres gosses doivent se tenir à carreau s'ils ne veulent pas se prendre une balle perdue (enfin, pas vraiment d’ailleurs)... Il faudrait que le père se rende, il faudrait que le temps passe, il faudrait un médiateur...  La situation reste explosive et le premier à en pâtir est cet aîné un peu malingre et égoïste : il ne peut plus fréquenter ses potes, aller à l'école, dragouiller sa copine au sourire si doux... Sa sœur continue d'utiliser la carriole familiale pour vendre du pain mais n'est pas non plus à l'abri de menaces. Bref la situation dans cette campagne albanaise est tendue et l'on sent qu'un drame pourrait bien clore cette histoire...

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On suit la chose essentiellement à travers les yeux de ce gamin un peu gauche, qui s'ennuie comme un rat, lézarde les murs de sa propre baraque, fait de la muscu mais reste aussi muscler que ma cheville, fantasme sur sa copine sans être capable (quand il a la chance de la croiser lors de rendez-vous clandestins) de faire le premier le pas ou encore s'engueule avec son père quand ce dernier sort de sa cachette : il n'a pas mérité d’après lui d'avoir une telle vie pourrie ; le père le rembarre vite avec une mornifle : et l'honneur de la famille, petit con individualiste, tu en fais quoi ? On éprouve tout de même un peu d'empathie pour ce gosse qui aimerait avoir l'air mais n'a pas l'air beaucoup et qui, lorsqu'il osera affronter courageusement la famille, tombera sur un os : il y a des règles du jeu qu'il devra apprendre à suivre, à ses dépens... On pénètre ce petit microcosme villageois tout en douceur et en naturel, la caméra de Marston ayant ne réelle capacité pour se faire oublier au milieu de ces visages burinés qui rigolent uniquement quand leur équipe nationale de foot marque un but (autant dire jamais, hein). Ça sent la poudre, on sent que chaque coup bas est possible et on tremble dès qu'on voit l'aîné, la fille ou les deux gamins à découvert ; des coups de feu brisent des vitres, la grange prend feu, on sent que la menace s'approche à grand pas de cette famille... La chronique de ce village est tout à fait crédible et l'on attend en rongeant son frein (et en éprouvant au passage de petites bouffées d’émotion : la vente du cheval et le regard perdu de la fille, le sourire un peu contrit de la "copine" de l'aîné face à la gaucherie d’icelui, la colère du père) ce final forcément tragique (avec ou sans mort ? A vous de voir). Un récit hors des sentiers battus plutôt réussi, une histoire de vengeance au sein d'une communauté qui prend des allures de tragédie grecque. Le cinéma albanais n'est pas mort, qu’on se le dise.

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