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Ça fait plaisir de redécouvrir ce film dans une version (merci Criterion) aux couleurs intactes (le film semblait devoir être éternellement figé dans une version VHS toute naze) ; d'autant qu'en termes d'esthétisme "crade" le film fait date : Radford semble avoir trouvé le gris parfait pour tenter de traduire visuellement l'univers impitoyable, carcéral, effroyable, balkeniable d'Orwell. Ici, même les verts sont gris, même la campagne a la même gueule de bois qu'un Hulot post-macroné (Il est affreuselent fatigué Nicolas ou c'est moi ?). L'ambiance sous l'œil de Big Brother n'est pas à la rigolade et ce n'est pas ce pauvre John Hurt qui va me contredire (de faux airs de Gols après avoir passé quinze nuits dans une cave en compagnie d'un coiffeur pervers). Hurt, dans le bouillon ambiant (je ne vais pas vous faire l'insulte de résumer le livre, rassurez-vous), tente de s'accrocher à une bribe d'espoir (la nature, putain, la nature... enfin le gazon d'une colline...), de beauté (un pauvre morceau de corail dans une boule en verre), d'amour (la pétillante puis terne Suzanna Hamilton), de liberté (son supérieur... pépère et pervers Richard Burton), tout cela, vous vous en doutez bien, en pure perte... Quand ce pauvre Hurt se trouve emprisonné, torturé, abusé, il pousse un râle qui ferait passer Elephant Man pour un joyeux trouvère, ouvre sa bouche édentée en faisant effroyablement penser à un certain cri de Munch. C'est l'histoire d'un espoir déjà relativement glauque (l'espace de "liberté" dans les bas quartiers populaires fout la trouille - la grisaille et la misère suintent par toutes les plinthes) qui sera brisé en plein élan, anéanti, annihilé...

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On apprécie ce côté jusqu'au-boutiste de Radford qui fait baigner tout son film dans cette atmosphère tristounette mais on doit également reconnaître de multiples faiblesses dans divers domaines... Le côté novlangue finalement très (trop) peu abordé (peut-être un concept pas tellement cinématographique mais tout de même...), la répétition lancinante du scénario (la guerre contre un ennemi changeant, je crois qu'on avait compris l'idée... revenir constamment, constamment dessus, c'est un peu comme enfoncer un clou qui a déjà perdu sa tête), le manque de suspense, de rebondissements, de surprises (en dehors de la fin, on ne ressent finalement que très peu la tension prégnante de cet univers de dingue : on comprend que Hurt fasse la gueule, on la ferait à moins, mais on se contente un peu facilement des mêmes plans (Hurt écrivant derrière l'écran de téloche dans son appart), des mêmes mines (Hurt, triste, ou triste, ou triste)), ou encore la bande originale qui ressort toutes les trois minutes les mêmes thèmes... Bref, tout en reconnaissant un petit aspect radical qui est tout à l'honneur de Radford (qui ne cède du coup en rien en la facilité), on doit admettre qu'on s'ennuie aussi un peu ferme - j'en gardais un souvenir un peu longuet et malheureusement cette nouvelle vision, même avec la beauté des couleurs originales, passent quand même aussi difficilement qu'une quinzaine de pompes aux gratons bourbonnaises avalées à la suite (c'est marrant Big Brother m'évoque automatiquement l'Allier - je devrais creuser). Bref une adaptation "sérieuse", honnête, mais qui manque tout de même cruellement de folie, d’audace, de vision personnelle...

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