9782823613483,0-5996229Aïe aïe aïe. J'avais lu il y a quelques temps un livre de Pireyre qui m'avait marqué par sa singularité. J'y retournai donc aujourd'hui avec confiance, d'autant que Chimère n'a pas eu du tout l'heur des premières pages de journaux et des invitations à La grande Librairie, ce qui augure toujours de bonnes choses (dit-il avec le snobisme qui le caractérise). Las : vous me voyez plus que déçu par la chose, assez sidéré même qu'Emmanuelle Pireyre ait perdu son style et sa personnalité dans les méandres d'un style un peu surréaliste qui ne lui va pas au teint, et que son originalité soit devenue avec le temps ce caractère absurde et ringard qu'il est aujourd'hui. Pour tout dire, Chimère est carrément assez génant dans son ratage presque total, et témoigne d'une panne d'inspiration assez marquante (qui peut s'apparenter, je dis ça sans connaître la dame, à une sévère dépression). Le roman commence d'ailleurs par une commande qui lui tombe du ciel en plein farniente littéraire : une commande d'un texte sur les OGM par Libé. La dame s'y met avec enthousiasme, prenant rendez-vous avec des biologistes interlopes qui traficotent le vivant dans des éprouvettes, et rencontre assez vite un sujet autrement plus intéressant : la manipulation génétique, et la création de chimères monstrueuses assez inquiétantes. Dans un premier temps, bon, ok, on suit le truc, sans trop savoir exactement où Pireyre va nous emmener, mais plutôt intéressé par ces investigations de scientifique amateur dans les arcanes des grands labos secrets.

Malheureusement, le roman part très vite en vrille. Notre détective du dimanche s'inscrit dans un pannel de citoyens désigné par le Conseil européen pour réfléchir à la notion de manipulation génétique, sujet qui se change finalement en réflexion sur le temps libre... La narratrice se retrouve alors au sein d'un groupe fantaisiste et bigarré ayant décidé de ne rien foutre pour éprouver le temps libre dans sa chair. Parallèlement on suit les aventures de Wendy, manouche, décidée à guérir les "paysans" (entendez les Français) de leurs tares ; et aussi d'Alistair, chimère née du croisement entre un homme et un chien... On le voit, ça part dans tous les sens. On veut bien, nous, lire cette aventure bunuelienne, si c'est ça qu'on veut nous raconter, et si la finalité de la chose se dévoile peu à peu. Mais le pourquoi du comment ne verra jamais le jour : on se retrouve au bout du compte avec cette histoire poussive et maladroite, insensée et n'importe-quoiesque, sans qu'on ait réussi à accrocher à la trame, à comprendre ce que diable Pireyre a bien voulu avoir envie de nous raconter. Moi, je pencherais pour "rien", d'où mon impression de dépression, de perte d'inspiration. En tout cas, au bout de la 12ème aventure rocambolesque, on décroche complètement. Comme les personnages ne sont guère attachants (Wendy est idiote et naïve, le chien n'a pas la parole, et tous les personnages secondaires sont des ombres), comme on a l'impression que tout peut arriver dans ce bouquin et qu'on s'en fout, il reste très peu de choses auxquelles s'accrocher. Peut-être à cette forme d'humour, parfois gentille ; peut-être au style, pas inintéressant de temps en temps. Mais l'impression est pénible en fin de compte : celle d'un bouquin douloureux, accouché sans envie et sans besoin, et complèteemnt raté en un mot.