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Ah, ce qu'on ne ferait pas parfois, pour apercevoir quelques minutes seulement le sourire d'Ingrid Bergman encore au sommet de sa jeunesse... Le film n'a rien de franchement honteux en soi (un drame romantique si on veut, un amour contrarié classique en d'autres termes) même s'il faut bien reconnaître que la gâte Ingrid n'a pas beaucoup de bol dans ce mélo un peu mortel. Imaginez la chose : vous aimez votre boss (marié) et décidez de quitter votre job pour ne pas tomber dans les embrouilles : normal, dirais-je, et c'est l'option qu'aimerait prendre Ingrid. Seulement voilà, la vie réserve des surprises... Prenons les choses dans l'ordre : 1) la femme du boss annonce qu'elle le quitte 2) elle est enceinte, veut continuer sa vie de femme indépendante, elle avorte (c'est illégal, alors, mais on trouve toujours un docteur) 3) Un malfrat vole sa fiche et décide de la faire chanter 4) le mari (qui veut se débarrasser pour toujours d'elle - il a eu en plus entre temps une petite aventure avec Ingrid : ben oui, il était libre !!!! ) se rend avec sa femme chez le malfrat pour le payer 5) Ça part en vrille, la femme tue le malfrat – le couple se barre… 6) Un journaliste, voisin du malfrat, découvre le mort et, sur les lieux du crime, le stylo du boss : il s'empresse d'aller raconter l'histoire à son journal, un journal tenu en partie par... le père d'Ingrid (qui a appris auparavant que le boss avait eu une liaison avec sa fille - vous dormez ?)... 7) Le père d'Ingrid imagine alors le pire : sa fille a avorté, elle est au centre du scandale et il la conspue alors même qu'elle est au courant de rien... Vous ne comprenez strictement rien ? Pas grave, retenez juste que la pauvre Ingrid tombe amoureuse d'un type qui se retrouve (à cause de sa femme) au mauvais endroit au mauvais moment -, un type qui va (pour échapper à tout soupçon de meurtre), s'engager dans la Légion étrangère (eh oui, la nôtre, ce repère de malfrats ohoh). Bref l'Ingrid passe du désespoir (ce type n'est pas pour moi), à la joie contrite (le premier soir passé avec le type tout juste célibataire : elle n'ose croire à son bonheur), à l'excitation (les lettres du gars), au raplapla (la disparition du gars) avant une fin forcément tout feu tout flamme puisqu'il s'agit de la Saint Jean local.

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Bon, que dire ? On se réjouit de voir Victor Sjöström en père responsable (même s'il se manque grave en engueulant sa fille), un type paternaliste à souhait un peu tristoune depuis la mort de sa femme : heureusement, il a douze mille enfants et petits-enfants, ça l'occupe, avec son journal. Le boss (Lars Hanson) quant à lui, dans ses costumes amidonnés, est un peu rigide (mais qu'est-ce qu'elle lui trouve bon sang !), sa femme se révèle un rien falote et surtout un poil hystérique (il ne perd pas au change, le bougre) et puis il y a forcément Ingrid : belle de face, de profil, de derrière, dans l'ombre - elle a vingt ans, elle est pfffff... Oui, je sais, vous allez me dire que j'en fais trop. Franchement, elle fait partie de ces actrices si lumineuses qu'elle irradie et sauve la moindre scène. Si. Alors, certes, elle n'a pas grand-chose à jouer (elle danse d'ailleurs comme un plot, s'accrochant à son boss comme à une bouée en pleine tempête, toute gênée semble-t-il de se retrouver au milieu de la foule et au centre des regards lors de ce bal populaire) mais elle le fait très bien (son exultation devant chaque lettre, son incompréhension terrible face aux remontrances de son père, son petit air mutin sur la fin, mmmmh). Ah ben oui, le scénario est un peu laborieux, surtout quand il vire au noir (le malfrat qui se fait bêtement décaniller eheh), le mélodrame est méchamment chargé et la mise en scène un rien statique... Mais bon, c'est dans les tunnels les plus sombres que les diamants se montrent le plus... Oui, bon, Ingrid a vingt ans et sauve ce film suédois (alors entre Ingrid et Greta, quelle est la... Bernard, va coucher) de l'oubli et de l’ennui.

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The Criterion Collection