Une petite chose rohmérienne (comédie de Marie Rivière avec ce bon Eric en charge, d'après le générique, du "découpage") qui manquait à notre odyssée. C'est ma foi tout à fait charmant et dans la lignée de la réflexion du cinéaste sur la peinture. Jugez par vous-même : Marie croise une ancienne amie qui a repris sa passion de toujours, la peinture. Marie, après une petite réflexion, accepte de poser (en prenant la pose, le temps d’une photo) sur le canapé rouge de son amie : elle aimerait ensuite offrir ce tableau à son amant marié (elle aussi est mariée donc pas de jaloux sur ce point) pour qu'il expose la chose dans son bureau ; ce dernier se montrera au départ un peu hésitant (Ciel, et si on venait à la reconnaître... !) devant un tel projet... Marie découvre finalement le tableau, est un poil déçue (on ne peut pas dire au premier regard qu'elle soit tout à fait reconnaissable) avant que son amie lui expose sa petite théorie sur la peinture : la peinture (au contraire de la photo ou d’un simple miroir) ne doit point chercher à montrer un reflet superficiel des gens mais plutôt à révéler la « quintessence » du sujet... Des propos qui charment notre Marie et qui trouveront un écho inattendu dans le discours de son amant... Murakamien à souhait cette rohmerandise.

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Rivière apporte sa grâce et son phrasé impeccable dans cette petite historiette artistico-amoureuse. Elle est au centre de ce trio composé d'une amie lointaine (qui la connaît bien) et d'un amant méfiant (qui l'aime tant qu'elle ne s'expose pas à ses côtés - notez la finesse du jeu de mot) : du classique dans le cinéma de Rohmer et cette petite variation, même si elle semble un peu mise en scène au débotté, est tout à fait agréable. On sent chez cette amie peintre (Charlotte Véry qui, attention, peint tout elle-même) le petit oeil de l'artisane-artiste qui, même si elle ne prend pas trop au sérieux ses "productions", met dans sa peinture son ressenti, sa vision des choses et des gens. Une petite comédie sans prétention mais tonifiante de la Rivière qui coule forcément de source.

Toutes les routes mènent à Rohmer