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Là, on va faire court, tant Une Part d'Ombre est le type même de film dont on ne trouve strictement rien à dire, qui vous laisse aussi indifférent qu'une rediffusion de Columbo, qui ne vous met ni en colère ni en joie. Encéphalogramme plat, donc, pour ce premier film qui manque exactement de ce qu'on est en droit d'attendre d'un premier film : de l'envie, de l'énergie, de la jeunesse, de la foi. Ici, on aura droit à un bon vieux petit polar plan-plan, déjà vu 242 fois, comme si Tilman s'était transformé sous nos yeux en Georges Simenon (c'est dire l'âge du capitaine). L'histoire d'un petit mec sans envergure (une des qualités du film : Fabrizio Rongione est vraiment bien) embringué un beau soir dans une sombre histoire de meurtre : est-ce lui qui a tué cette passante, pour une sombre histoire de vol, lors de son footing habituel, ce que tous les indices laissent à penser ? Ou faut-il le croire quand il clame son innocence et se lance à la poursuite du vrai coupable ? Ses amis, ses proches, ses amis choisissent clairement leur camp en lui tournant le dos, d'autant qu'on apprend très vite que, ô Honte, il menait une double vie amoureuse, avait des dettes, et n'était pas net-net... Seul un de ses poteaux croit en lui, s'accroche, mène l'enquête, jusqu'au dénouement pépère qui adviendra si vous ne vous êtes pas endormi avant.

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Tilman choisit la voie du polar psychologique plus que de l'enquête pour raconter cette trame archi-vue. Peu importent les investigations policières, n'importent que les trahisons, doutes et autres comportements à double tranchant des amis et parents de David, la lente descente aux enfers de ce type dont on ne sait pas nous-mêmes jusqu'au bout s'il est coupable ou innocent. C'est un peu là qu'on commence à tiquer ; Tilman le sait, lui, et ne se gène pas pour nous le faire sentir, à grands coups de flash-back coupés juste à la dernière seconde pour nous occulter le véritable meurtrier, histoire de nous faire rester jusqu'au bout du métrage. Il y a un aspect petit malin dans ce procédé toujours très gavant dans les polars. Heureusement, le gars n'en abuse pas, et le reste du film est très appliqué. Les scènes arrivent dans l'ordre prévu, tout le monde s'implique (à part l'acteur principal, les autres sont assez mauvais, il faut bien le dire, surtout Natacha Regnier, qu'on a connue jadis plus en forme), et on est tenus jusqu'au dénouement dans ce flou vertigineux qui nous scotche à l'écran dans ce petit suspense inoffensif. La mise en scène est sage comme une image, sans aucune originalité, comme un téléfilm anonyme de France 3 (ce qu'il aurait peut-être gagné à rester au final). Même pas déplaisant, même pas discutable, même pas douteux ou crétin : juste transparent et inutile.

Rongione