vlcsnap-2019-09-20-10h51m40s924

vlcsnap-2019-09-20-10h53m32s788

Dis donc, c'est moi ou Gorbatchev et Wałęsa ils ont pris lourd ? Après ces quelques constations d'ordre philosophique, avouons notre plaisir de retrouver l'ami Werner en intervieweur et en narrateur ; on sent que le cinéaste allemand se fait plaisir en allant discuter avec un homme pour lequel il a le plus grand respect (la réunification de l'Allemagne, tout de même, il a joué son rôle, le Gorbi, pour que tout se passe le plus pacifiquement possible...) ; on revient à la fois sur cette dense page d'Histoire de la fin des années 80 tout en entrecoupant ce rappel historique de réflexions plus ou moins pointues de l'ex président de l'URSS (et le dernier). On commence à se faire happer par le doc avec cette succession de présidents décatis (Brejnev, Andropov, Tchernenko) qui tombent comme des mouches, les enterrements devenant pour un temps une sorte de petite fête triste annuelle avec toujours la même chanson pompeuse qui revient comme une ritournelle... On se dit, qu'il était peut-être temps d'avoir un type un peu plus jeune et moins grabataire - qui devra se coltiner, de Tchernobyl à son exclusion en 91, quelques bons petits moments tendus. Gorbatchev (le même avec 100 kilos de plus) revient un peu laconiquement sur ces années où il a fait l'Histoire... Oui, la fin de la Guerre froide, c'est lui, oui le pacte sur le désarmement nucléaire, c'est lui... Bon, disons-le, c'est un peu plan-plan toutefois et on n’apprend pas franchement de secrets d'état. Gorbi parle de toute cette période avec une certaine fierté mais sans en faire des tonnes. Il commence à s'énerver un peu plus quand il est question de sa destitution (se faire baiser par Elstine, ça fait toujours un peu chier, surtout quand on n'est pas alcoolique soi-même) et surtout de l'avenir qu'il voulait donner à son pays (limiter l'éclatement et se rapprocher de l'Europe) - c'est clair qu'on ne sent pas aujourd’hui chez le gars Poutine, la même sérénité, la même culture tranquille, la même volonté de s'approcher de l'Europe voire le même sens du pacifisme... Gorbi s'est quand même bien fait moucher sur l'action avec ces petites illusions. Il devient également plus fébrile quand on évoque son ex-femme, décédée de leucémie ; on sent que ce fut un peu le coup de grâce pour cet homme porté pendant des années au sommet (notamment à l'ouest) et retombé dans une certaine solitude, celle du pouvoir (allez ouste) et celle plus sentimentale (même sa tâche lie-de-vin on dirait qu'elle a pâli - comme si sa marque de fabrique s'estompait). On reste dans la sobriété absolue pour les interviews, Herzog gardant toujours son éternel tact même pour aller titiller le grand homme devenu gros. Gorbi, c'est l'Histoire, mais on sent quand même ici comme une petite pointe d'amertume tout du long : oui, il a marqué son temps, mais on ne peut pas dire non plus que, de son vivant, l'homme a gardé une aura culte - comme si ce passé de tout juste trente ans était déjà lointain, presque oublié (ouais, une petite période d'ouverture et d'espoir, mais cela n'a pas duré...). Une légende vivante bien pépère qu'Herzog est allé chercher au bout de l'oubli - honnête tentative qui nous fait réviser notre Histoire à défaut de franchement la revisiter sous un angle totalement neuf.

vlcsnap-2019-09-20-10h52m10s480

vlcsnap-2019-09-20-10h54m10s181

 Veuillez vénérer Werner