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Bah un premier accessit pour ce Charles Haas, qui n'a pas laissé d'empreinte dans l'histoire du cinéma, ni celle du western. Certes, Showdown at Abilene est assez moyen, un peu terne, on est loin des grands films du genre. Mais tout de même, tout de même, il y a par-ci par-là quelques jolis moments, quelques plans bien troussés, une grande application ; si le film manque de caractère, c'est que Haas en manque ; parce que le gars n'est pas malhabile techniquement, et parvient à nous laisser les yeux grands ouverts pendant les 80 minutes de cette histoire académique. Par son contexte d'abord : nous sommes dans l'immédiate après-guerre civile, Bleus et Gris rentrant chez eux. Cette atmosphère de paix fragile, où les tensions sont encore exacerbées et les traumatismes encore béants va faire le lit de l'intrigue du film. Jim Trask revient dans sa ville alors que tout le monde le croyait mort. Depuis, son meilleur ami, Dave, s'est enrichi en devenant un éleveur sans scrupule, et s'apprête à épouser l'ex-promise de Jim. La ville bruisse de dissensions, puisque les agriculteurs râlent après les éleveurs qui leur piquent leurs terres, et que le nouveau shérif, le patibulaire Claudius, fait régner injustice et gabegie dans la communauté. Dave manipule son monde, replace Jim comme shérif, pense avoir mis tout le monde dans sa poche. Mais Jim n'est pas tombé de la dernière pluie, et sa hantise maladive des armes à feu pourrait bien se faire oublier le temps d'un showdown final mémorable.

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La mise en scène du bazar est plus qu'honnête. On aime particulièrement ces idées bizarroïdes, un peu pour l'esbroufe mais très agréables pour les mirettes, qui viennent jalonner cette histoire languide à intervalles réguliers : Jock Mahoney, cascadeur de son état (et plus cascadeur que comédien d'ailleurs) qui saute de son cheval avec une aisance totale ; un plan tarabiscoté mais très joli où, par un jeu de miroir, un homme peut observer l'amant de sa femme à son insu ; une profondeur de champ qui laisse voir en même temps un couple qui lutine et le cocu qui les observe ; le duel final, sec comme un coup de trique. Voilà qui compense allègrement les scènes trop longues et bavardes et les jeux d'acteur flous, d'auntant qu'on peut y ajouter une brochette de seconds rôles très sympa, du bad bad bad guy au père de la mariée, de l'adjoint du shérif à l'ami d'enfance fouetté à mort. On aime aussi le portrait de cette communauté asservie sans le savoir par le calme et suave Jim, un bad guy partculièrement fin dans son dessin, capable de se faire aimer quand il est trahi par sa promise et dans la seconde d'après de se faire détester par ses manoeuvres pécamineuses. Le film est plus ou moins construit sur lui, et se fait beaucoup plus psychologique quand il observe ses comportements ambigus. On y perd en action, oui, et le film est parfois mal rythmé, mal monté ; mais on y gagne en personnages, ce qui n'est pas si mal.

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