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Matarazzo, champion en son temps du mélodrame à l'italienne, considère décidément la vie comme étant une chose particulièrement retorse... Jugez du peu : un fils, "noble bourgeois", aime une jeune femme d'une classe inférieure ? La mère d'icelui, Comtesse, fait tout pour éloigner le fils ; quand il revient, oups, sa donzelle a disparu - je vous passe les circonstances (disons simplement qu'un employé au service de Mme la Comtesse fut à deux doigts de violer la jeune femme et que cette dernière (sans son amant protecteur), apeurée, trouva refuge dans une sorte de buron...) : le fait est que tout le monde au village la croit morte – la moustache fourni du fils perd des poils. Bien, ça commence. La donzelle, forcément, était enceinte et accouche dans son buron ; la mère (qui découvre le pot aux roses) se sert une nouvelle fois du même employé pervers pour kidnapper le gamin - et mettre en passant le feu à la baraque de la femme... La jeune mère revient, la maison est en flamme, pense que son gamin est cramé, frôle le suicide et décide (c'est un peu la même chose) de rentrer dans les ordres... On se retrouve donc, dix ans plus tard, avec un gamin inscrit dans un pensionnat qui ne connait ni son père ni sa mère (et vice versa)... Le gamin fuguera, croisera sa mère sans que les deux sachent que, travaillera (ah oui, à 12 ans, on bossait dru à l'époque, on s'emmerdait pas à faire passer un CAP), dans la carrière de son père sans que les deux sachent que, etc... On se doute bien que dans les cinq dernières minutes la vérité éclatera... Mouais, c'est surtout la carrière du père qui va exploser (toujours ce maudit employé pourri à l'os) et je ne vous dis pas les différents drames qui vont s’en suivre... Toute personne allergique aux oignons s'abstenir...

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Oui, on reconnaît que niveau scénario, les catastrophes du destin (et les hasards, aussi, notez-le bien) s'enchaînent comme rarement... La grande qualité de Matarazzo, ceci dit, c'est de ne jamais tomber dans le pathétique, dans le larmoyant... On s'offusque devant l'état d'esprit de la madre comtesse (elle voulait le meilleur pour son fils... et le détruit tout du long), l'amoralité absolue de l'employé qui serait actuellement fiché sur toutes les applications (de meetoo à jesuispasmécontentpourbalkany) ou encore devant la vie brisée de ce pauvre gamin victime, à rebours, d'un sale déterminisme sociale (il devait être « fils de riche » et se retrouve comme un con de pauvre exploité dans la carrière)... Mais sinon, la néo-nonne Simone Sanson ou le pauvre fils castré par sa mère Amedeo Nazzari ne sont jamais mis en scène pour tirer des larmes... Les deux acceptent leur dû (jusqu'au bout - même si...) avec une certaine fatalité. Du coup, le mélodrame qui pouvait tomber dans le lourdingue se suit comme un récit dramatique traité ici avec une grande pudeur. Le final, borzagien, pourrait malgré tout déclencher des cascades de larmes dans les chaumières mais j'ai trouvé (malgré les circonstances) que la chose restait, pour le coup, assez sobre. Du mélo pas si mélo, c'est la moindre des qualités du gars Raffaello qui joue sur le genre sans tomber dans les excès facile (au moins au niveau du jeu des acteurs) d’icelui.

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