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En cette année 2003, Ozon délaisse un peu ses folles expérimentations pour réaliser un film noir du meilleur effet. On y perd certes en fiel et en soufre, mais on y gagne indéniablement en élégance. Notre gars se montre un brillant metteur en scène après avoir fait ses preuves au scénario, et ce film-là, même plus classique, même un peu moins passionnant dans sa trame, n'en est pas moins très réussi. Charlotte Rampling promène sa vieillissante mais racée silhouette dans ce film qui peut faire lointainement penser à La Piscine de Deray : même ambiance fortement sexuée, même odeur de crime, mêmes ambiguités, même climat et même propriété grand crin. Cette propriété est le décor d'un duel silencieux mais présent entre Sarah (Rampling), écrivaine de polar anglaise en crise d'inspiration, qui s'est réfugiée ici pour travailler en paix et manger du fromage blanc, et Julie (Sagnier), jeune délurée croqueuse d'hommes et de foie gras, débarquée ici comme un diablotin. Deux univers imperméables qui s'observent, se jaugent, se jalousent, se mesurent, s'engueulent avant de danser ensemble. Peu à peu la liberté et la singularité de la jeune fille donnent des idées à l'écrivain, qui commence un nouveau et dangereux roman autour de cette figure ; en découvrant la chose, Julie se met à jouer avec elle... jusqu'à un final complètement ozonesque, qui redistribue les cartes de la fiction et du fantasme, nous fait revoir tout le film sous l'angle du désir et de l'imaginaire, et finit d'instaurer cette ambiance de trouble développée tout au long du bazar.

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Le film n'est pas exempt de défauts. Il a d'abord un peu vieilli dans le dessin des personnages secondaires, tous au service des deux actrices principales, et tous un peu réduits à leur fonction : les amants de Julie, le brave concierge, l'éditeur, tous ne sont que des ombres (ce qui peut se justifier si tout le film n'est qu'une projection des fantasmes de Sarah, ok). Même les deux stars sont un peu too much : Sagnier, qui n'est pas connu pour ses talents infinis de comédienne, montre vite ses limites dans les scènes dialoguées, et il faut la mettre à poil pour qu'elle s'exprime enfin pleinement : elle irradie la pellicule, simple présence qui n'a pas besoin d'autre chose que d'elle-même pour briller. Si Rampling est mieux dans la subtilité, Ozon la fait aussi tomber souvent dans la caricature de la psycho-rigide de service. Le scénario, volontiers retors mais un peu en vain, comme si les effets polardeux de sa trame étaient gratuits (d'où sort ce meurtre improbable aux deux tiers du film ?), n'est pas toujours bien mené, se terminant même sur un retournement de situation qu'on voit venir de loin. Pour peu que vous ayez lu un polar des années 80, vous reconnaissez sans problème cet univers clinquant et plein de tiroirs, rien de nouveau sous le soleil.

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Mais on comprend bien ce qui a motivé Ozon dans cette histoire de domination/soumission féminine : le Sexe. Le film sent le stupre dans tous les coins. Sous le soleil brûlant du Lubéron, les corps s'offrent et se laissent regarder jusqu'à l'étouffement. C'est non seulement physiquement que les deux femmes se mesurent, l'une se projetant sur l'autre, l'autre allumant l'une par personne interposée, mais également psychiquement, la domination, la manipulation ne cessant pas de changer de camp. Si bien qu'on peut imaginer que Julie et Sarah ne font finalement qu'une, l'une représentant la morale et la maturité, l'autre le "mal" et la liberté. Ozon raconte ce concept avec son habituel talent pour troubler le spectateur, dans un écrin hyper élégant (décors, lumière, musique), avec toujours ce petit sourire en coin dès qu'il déshabille une fille ou écrit une réplique à double sens qui va choquer le bourgeois. Beau film.