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Foin des séries sur des centrales nucléaires défaillantes ou des femmes battues, vive les séries fun, colorées et marrantes. The Boys a de ce côté-là tout pour plaire, et dans les premiers épisodes c'est même l'humour qui l'emporte. Qu'on en juge en lisant le pitch : nous sommes dans une société à peine futuriste, où le crime est pratiquement devenu inexistant grâce à une firme : Vought. Celle-ci propose en effet une gamme de super-héros glamour et populaires, qui déciment les méchants comme d'autres vont au golf. Véritables icônes, ces "7" sont les stars du moment. Mais l'un d'eux tue accidentellement une nana. Le fiancé de celle-ci, bien décidé à se venger, va s'associer avec un vieux baroudeur chargé de haine envers les super-héros (pourquoi ? on le découvrira) et sa fine équipe d'artisans. Il va alors découvrir l'envers du décor, que ces marvels sont en fait un ramassis d'escrocs, d'obsédés sexuels, de dictateurs en puissance, de monstres pleins d'orgueil, voire d'assassins purs et simples, et que leurs pouvoirs pourraient bien venir de biais un peu occultes... Après la glorification du surhomme, en voici donc la déconstruction, dans une série très ironique qui traite ces modèles de vertu en caricature de bons sentiments. Et c'est vrai que c'est bien agréable, dans un premier temps, de voir ces héros tout de beauté et de gloire revêtus cacher sous leur cape de bien sombres desseins. On rigole devant le côté voyeuriste de l'Homme Invisible, devant la bêtise intrinsèque de L'Homme le plus Rapide du monde, devant la niaiserie d'Aquaman ou devant ce curieux personnage de l'ombre, Black Noir. On s'attache au passage assez peu à cette nouvelle recrue qui va mettre un coup de pied dans la fourmilière, trop lisse, trop gentille, trop bien élevée, et on préfère nettement les impuretés de nos batman de service.

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Si les premiers épisodes sont parfaitement tenus, fun et très joliment "habillés" (de très bons effets spéciaux qui donnent par exemple une implosion d'homme invisible jubilatoire), la série se fait de plus en plus sombre au fur et à mesure qu'on s'enfonce dans les secrets de Vought. Le chef des héros, le Protecteur, s'avère le plus salopard de tous, véritable condensé de vilenies : orgueilleux, régressif, sadique, manipulateur, sans pitié, uniquement guidé par le gain et par son image, il devient, de clown risible, un véritable monstre, surtout au cours d'un épisode éprouvant et couillu où il laisse mourir des centaines de personnes dans un crash d'avion. La société sécuritaire proposée par la série s'avère au final dix fois plus anxiogène que la nôtre, et le fait d'avoir fait tenir la révélation de ses turpitudes entre les mains d'une poignée de terroristes mal armés est malin. Vaille que vaille, notre équipe réussit son pari, fait vaciller cet empire tout-puissant, non sans y laisser quelques bosses sentimentales et physiques. Chaque épisode recèle sa dose de scènes marrantes et de rebondissements tragiques, c'est très plaisant. Pourtant, on ne peut s'empêcher de tiquer devant le jeu de certains acteurs, qui ont l'air, passés les premiers épisodes d'avancer un peu en roue libre : le personnage amusant de Billy Butcher devient vraiment trop caricatural avec sa bougonnerie et ses grimaces, celui romantique de Hughie se perd en chemin, et, plus dommageable, celui du Protecteur est interprété de façon beaucoup trop soulignée par Antony Starr. Au bout d'un moment, la série ne sait plus trop ce quelle est en train de raconter, si elle veut nous faire rire ou nous faire grincer eds dents, et ce flou artistique handicape toute la deuxième partie, un peu ennuyeuse (avec l'arrivée de cette héroïne asiatique elle aussi très caricaturale), qui finit même par être attendue. La multiplicité des personnages noie l'intrigue sous un flot de scènes inutiles (les soudaines velléités écolos d'Aquaman...), et on se retrouve un peu partagé, au bout des huit épisodes, par cette série pas mal, mais pas complètement aboutie non plus.

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