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Dommage que le film ait une mise en scène plate comme une limande, des acteurs mélodramatico-théatreux de la pire espèce, des décors en carton et le rythme de pointe de Carmen Cru dans les côtes. Oui, dommage que ce film de Korda sente artistiquement la pantoufle car il y avait dans le fond des idées pas si mauvaises. Fairbanks (son dernier film, il avait un pied dans la tombe) est un Don Juan vieillissant (Ça tombe bien)... La première bonne idée, c'est de lui affubler un double, jeune, charmeur, comme pour remettre en cause le mythe. Mais ce jeune couillon, provocateur et nul au sabre, se fait trucider par un mari jaloux. L'occase pour Don Juan (criblé de dettes et menacé d’aller en prison) de se faire passer pour mort... Ce qu’il fait. Il ne peut s'empêcher, pendant sa retraite, tout anonyme qu’il soit, de dragouiller ici ou là, mais il se prend surtout des vents (Si le mythe de Don Juan est toujours d'actualité, l'homme « éternel séducteur » est aussi crédible que moi en bobsleigh - j'ai fait une fois de la luge à 6 ans, je me suis cassé le bras, fin des sports dits d'action). Douglas se rassure en se disant qu'il se trouve parmi des culs-terreux et qu'il fera un retour triomphal à Séville, sa ville ! Des bouquins sur lui (de la daube romancée et sans aucun rapport avec sa life) ont un franc succès, des pièces de théâtre sur lui remportent un triomphe mais notre pauvre zig, qui continue de raconter les mêmes sempiternelles salades aux femmes (une technique de drague hyper pointue qui lui vaudrait sûrement aujourd'hui de se prendre une poêle dans l'œil), fait four sur four. Putain, Don Juan c'est lui pourtant, il n'est pas mort !!! Ahaha, tout le monde se fout de sa tronche, car le mythe (ce séducteur ultime, ce fantasme sur patte pour toutes les femmes en manque de, pour toutes les femmes) a depuis longtemps pris le pas sur l'homme (un moustachu vieillissant qui risque, à chaque montée de balcon, de se briser les reins)... Ce sont plutôt des thématiques intéressantes (la triste vieillitude (…), la légende plus forte que la réalité, la drague éculée...) qui pouvaient donner lieu à des séquences relativement originales – voire drolatiques... Malheureusement tout cela se traîne, le casting féminin (malgré la présence de Merle Oberon qui a son diable de charme) reste guère émoustillant (Benita Hume, Gina Malo... Hum) et c'est souvent filmé avant autant de passion qu'une scène de théâtre de 10m² en province. Un projet qui eut pu, sur le papier, être porteur de promesses, mais qui demeure dans l'état un film anglais pur jus : peu de nerfs, de sang, de cœur - pas d'organe quoi, ce qui se révèle à l’usure forcément décevant pour une œuvre sur Don Juan.

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