9782072863158,0-5863705Voilà un roman qui étonne autant pour sa thématique (une réserve, quelque part sur le continent (nord) américain ?) que par son ambiance (l'omniprésence de la nature) : à tel point d'ailleurs qu'on se demande s'il ne s'agit pas d'une traduction anglo-saxonne. Eh bien non, du coup, c'est non seulement relativement original et secondo vachement bien traduit (mais puisque ? C'est bon, oublie). Sabolo nous invite donc à faire la connaissance de la jeune Nita, une adolescente troublée par son entourage (les esprits de la forêt sont en forme), sa rage (des hommes, des violeurs), son âge (la puberté, ça fait toujours des ravages). Nita, donc, voit son petit monde quotidien vaciller : des jeunes filles violées sans que l'on retrouve le(s) prédateur(s), des hommes attaqués par des bêtes sauvages, une police bien inefficace et une forêt bien mystérieuse... Nita, qui voit de plus en plus le regard des garçons se poser sur elle, trouve une certaine liberté en traînant avec le groupe de donzelles qui tiennent le bar (un tantinet malfamé) du coin, le Hollywood ; si certains voient en elles de simples filles dévergondées, Nita trouve en elles un refuge, une sorte de communauté féminine bienveillante... Une communauté qui est loin d'être sourde aux violences locales et qui va entraîner Nita dans leur "petit délire" - un petit délire qui pourrait malheureusement dégénérer au détour d'une nuit...

Sans que Sabolo fasse preuve d'un lyrisme animisme gionesque, reconnaissons une certaine facilité chez elle (une capacité que l'on retrouve donc, disais-je, plus généralement chez les auteurs américains que français) à faire vivre cette forêt, à donner à la nature une certaine "envergure spirituelle" ; on sent cet environnement vivre et influer sur les personnes alentours. C'est sans doute la belle réussite de ce roman qui donnerait presque à cette forêt le rôle de personnage principal... L'intrigue, quant à elle, reste, dans l’ensemble, assez bien menée (et dans l'air du temps... la violence faite aux femmes...) ; on pourrait simplement regretter de voir que les personnages secondaires manquent un peu de relief, de caractéristiques propres... Il y a le groupe des trois garçons qui tournent autour de Nita (qu'on ne différencie que par le prénom), il y a le groupe des filles délurées qui tiennent le Hollywood bar (idem) comme s'il s'agissait plus d'une masse à plusieurs têtes que des individus propres. Ce petit côté transparent des seconds couteaux enlève une pointe de densité à ce roman, comme si Sabolo n'était pas du genre à vouloir se coltiner différents profils psychologiques... Certes, ces trois garçons libidineux un peu neuneus et ces donzelles rebelles un poil excessives jouent un rôle important - mais on les voit plus comme des entités que comme des êtres propres. Bref. Sabolo fait monter progressivement la tension avant de nous livrer un final dantesque plein de bruit, d'incendie et de fureur. Si nos porcs finissent par être proprement "balancés" (léger euphémisme), avouons que ce déferlement de violence dont finissent par faire preuve certaines personnes du sexe féminin brouille aussi quelque peu les pistes - la violence ne pourrait que finir par entraîner la violence ? la violence des unes est seule à pouvoir mettre fin à la violence des uns, surtout dans un monde où l'idée de justice paraît un peu galvaudée ? Le fait est que cet Eden se termine en mode infernal, expulsant du paradis aussi bien les mâles trop sexués que les femmes vengeresses... Reste un roman dont le portrait d'une ado troublée dans un monde troublant charme par l’importance donnée à cette nature inquiétante, peuplée de mystère mais qui n'impressionne guère par son peu de profondeur psychologique (malgré un personnage principal assez bien dessiné).   (Shang - 08/09/19)


Excellente lecture de mon gars Shang, qui relève tout ce que je m'apprêtais à écrire avec érudition sur ce roman : thématiques américaines, la forêt comme personnage principal, les seconds rôles un peu sacrifiés. J'ajouterais simplement que Sabolo a une écriture parfaite, qui met en valeur à la fois le côté sexuel de cette forêt et son côté dangereux, magique, un peu comme si le décor de conte de fée (l'enfance) pénétrait dans l'univers moite de l'adolescence qui se cherche. Ce décor magnifique, très joliment décrit par un style qui aime les adjectifs, est omniprésent, symbolisant ce lieu de passage entre deux âges, deux états. C'est la limte de la chose ; la thématique de la forêt est tellement utilisé par la littérature récente (y compris par Sabolo elle-même dans son précédent roman) qu'on va finir par créer un nouveau rayon en librairie : "romans avec une forêt symbolique de mutation sexuelle". Sabolo arrive trop tard et utilise des images déjà utilisées ailleurs. Malgré ça, son "flow" est tellement bon, ses allégories si fortes, et son histoire si passionnante, qu'on aime ce livre rempli de phéromones et de suspense. La dame manie la trame avec une totale maîtrise et fait magnifiquement exister son personnage principal, jeune fille en quête de groupe (à la métaphore sexuelle s'ajoute son appartenance à une minorité (elle est métis, et femme), consciente qu'il existe à ses côté un autre groupe aussi dangereux que fascinant : les hommes. Très bien.   (Gols - 05/10/19)