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On ne peut décidément pas dire que Nicloux se tienne à l'endroit de nos attentes, puisqu'après un film de guerre moite et un film fantastique assez effrayant, le voici en pleine comédie expérimentale. A chaque fois, glorifions-le pour ça, il déjoue nos attentes, alternant grands moments et petits films moins forts, travaillant parfois comme un forcené et se laissant aller le reste du temps à des récréations sans envergure. Thalasso, dans son projet même, fait indéniablement partie de cette deuxième catégorie : c'est une expérience, certes, et on peut remarquer qu'il brouille agréablement les frontières entre réalité et fiction, mais voilà, ça ne va pas beaucoup plus loin. Nicloux réunit donc ici ses deux figures préférées, le gros Depardieu et le petit Houellebecq, et les plonge dans l'univers hygiéniste et new-age d'un centre de thalasso luxueux (Houellebecq y est suite aux séquelles de son enlèvement filmé par le même Nicloux). L'occasion du simple plaisir de la rencontre entre deux monstres sacrés, entre deux mythes, entre deux corps surtout : celui monstrueux et envahissant de Gégé, celui rachitique et burlesque de Michou, véritable plus-value laurelethardyesque du film. Dans les premières minutes, on est bien hilare devant l'inadaptation totale de Houellebecq aux exigences sanitaires du centre (notamment concernant l'interdiction de fumer et de picoler), devant ses cris de gamin dans les machines complexes du centre, devant sa gueule d'apôtre face aux menus salade-quinoa servis au restaurant. Même pas acteur, mal assorti avec l'imagerie traditionnelle du cinéma, il est un véritable OVNI dans ce film, et on apprécie.

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Le plaisir s'émousse un peu quand il rencontre et devient pote avec Depardieu. On se dit que Nicloux n'est pas allé chercher bien loin, qu'il n'a fait que reproduire les clichés associes aux deux personnages, sans du tout chercher à prolonger ou dépasser cette image : Depardieu tonitrue, rote et engouffre de la bidoche et du vin par hectolitres (même quand il boit une bouteille d'eau, c'est gore), Houellebecq sort des pensées politiques amères en tirant sur sa clope, on n'aura pas plus que ça. Ça fonctionne très bien quand Nicloux se contente de les regarder improviser, les dialogues fusent et les absurdités claquent, et c'est vrai que de temps en temps, on rigole bien. Le film creuse l'inadaptation de ces deux corps dans un écran de cinéma, et parvient par-ci par-là à trouver le malaise ; il cherche aussi le hiatus entre les pensées obscures de Houellebecq et le franc-parler de Depardieu, et trouve de temps en temps une vraie intelligence de dialogue.

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Quand il cherche à mêler la fiction à tout ça, c'est moins convaincant, et ça part même souvent en sucette. Le film, complètement relâché à ce niveau-là, accumule les scènes à l'arrache. On hausse souvent les sourcils devant l'inintérêt de nombre de détails, et devant l'introduction aux forceps de la bande de gangsters du dimanche dans cet univers ouaté : les ex-ravisseurs de Houellebecq reviennent avec une sombre histoire de recherche d'une femme disparue, on s'en fout autant que Nicloux, qui sacrifie cette improbable histoire en l'envoyant aux orties, dans un non-sens qui n'est pas drôle. On croise un faux Stallone, une medium, un fan de Queffelec, un champion de free-fight, et même Françoise Lebrun (dans la scène la plus pathétique et pénible du film), tout ça sort allègrement des rails, pour le pire le plus souvent. Restent pourtant quelques très jolis moments, amusants ou curieusement émouvants (notre Michemiche a même la larme à l'oeil quand il parle réincarnation), voire même, c'est plus surprenant dans le domaine fantastique : les cauchemars de Houellebecq donnent lieu à quelques scènes parfaitement effrayantes, superbement inventives, qui rappellent le talent de Nicloux dans ce genre. Pour le reste, on demeure dans l'anecdotique fun mais à petite portée.