vlcsnap-2019-09-03-22h58m33s830

vlcsnap-2019-09-03-22h58m49s019

On l'aime notre Seijun Suzuki car il a toujours le sens du tempo, une science du montage (et de l'ellipse - notamment au départ, à nous de combler les petits liens les moins explicites, en toute aisance ceci dit), une capacité à construire des personnages, bref un œil cinématographique qu'on pourrait qualifier en toute humilité d'unique. Ici, il s'agit de nous compter la vie de deux frères, orphelins de leur père, yakuza trucidé au début du film ; devenus jeunes adultes, l'un (Shinji) est plutôt fou-fou et bosse dans un journal (dont il ne va pas tarder à se faire virer - l'homme aime les rixes) ; l'autre, l'ainé, Ryôta (Akira Kobayashi) est plutôt posé tout en cachant bien son jeu (il est en effet à la tête d'un club huppé et collabore (sans même que sa mère, plutôt protectrice et encombrante, soit au courant) avec des yakuza - on ne se refait pas). Deux frangins qui n'ont pas vraiment le même comportement mais qui ont le même sang : mieux vaut ne pas trop les titiller car, dès que leur sang bout, ils sont capables de frapper à tout va... Même si le film est au besoin un peu bourrin, il ne faut point oublier le deuxième pan de l'histoire : chacun des frères a une donzelle : celle du Shinji est forcément un peu starbée (on sent dès le départ qu'elle est plutôt du genre dynamique et mutine), celle de Ryôta, forcément ténébreuse et fatalement brune (magnifique présentation de ce personnage tout en secret, longtemps vu de dos avant que la caméra s'attarde quelques secondes sur ce visage songeur...). Les deux frères voudraient quelque part avoir une vie paisible et se marier, seulement l'un doit déjà retrouver un boulot et l'autre quitter le sien : le problème quand on fréquente des yakuzas, c'est qu'à la moindre anicroche, tout part en sucette - et le final s'annonce forcément lollipop et sanglant.

vlcsnap-2019-09-03-22h59m53s340

vlcsnap-2019-09-03-23h01m18s772

On aime ces séquences "brusques" du départ (après une splendide introduction, la mort du père dans sa baraque, digne d'un bon vieux film d'horreur avec cette caméra subjective qui glisse le long des baies vitrées), des saynètes courtes diablement montées qui nous présentent les différents personnages en action. On s'intéresse surtout au départ à Shinji dont les diverses facéties l'ont rendu célèbre. Rentre-dedans à la moindre occasion, le gamin revendique haut et fort ses origines yakuzesques - dommage qu'il n'ait pas le cerveau refroidi qui va avec. On fait également la connaissance d'un curieux personnage, le tueur de leur père, qui revient auprès des enfants pour demander pardon... Un homme balafré tout en sourcil que l'on va recroiser à différents points de l'histoire, toujours dans le sillon des deux frères. Une première partie assez échevelée avant que l'on colle plus aux basques de Ryôta ; le ton se fait plus apaisé dès lors que l'on découvre notamment cette secrétaire secrète qu'il voudrait épouser ; enfin une ambiance "apaisée" qui ne va pas durer car la chtite, à la solde du big boss des yakuza, cherche à s'en échapper - ça sent le drame et drame il y aura ; le film, pas chien en baston (notamment entre les deux frères qui se cherchent autant qu'ils s'aiment), dérive alors vers un véritable combat des deux frères contre le monde des yakuzas : des pertes sont à prévoir dans ce dénouement filmé en nuit américaine où les coups pleuvent sur des hommes constamment en mouvement... Une œuvre audacieuse (ce fond d'écran étonnant quand les deux frères sont en bagnole : pas de route, mais une mer déchaînée ! Certes il pleut dru, mais fallait oser !) sans doute un peu débridée de l'ami Suzuki qui aime à marier et varier les genres mais qui sait aussi rendre attachants ses personnages, en particulier bien sûr ces deux frères, que tout oppose et que tout unit, ainsi que leur compagne respective. Encore une belle pierre dans la filmo du Seijun.

vlcsnap-2019-09-03-23h00m27s436

vlcsnap-2019-09-03-23h00m51s618