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Oui, alors là j'ai bien conscience qu'on est dans le pointu de chez rareté dans notre odyssée fordienne (qui prend un sacré coup dans la tête depuis quelques temps). Combien sommes-nous d'êtres vivants et doués de raison à avoir regardé ces bobines éparses issues d'un film en grande partie perdu, mâchouillées et rayées par le temps, à peine lisibles parfois, et qui plus est sous-titrées en néerlandais (langue que je possède assez peu) ? Ça reste mon petit snobisme à moi de me dire qu'on doit pas être plus de 300... Bon, nous voilà donc devant les morceaux d'un bon vieux western avec Harry Carrey, dont il est assez difficile de retracer la trame. Il semblerait qu'il soit question de l'entrée du vieux briscard dans la haute société, et à son inadaptation ; puis de l'enlèvement par celui-ci de la belle de service, occasion d'un retournement de situation : si Carrey était moqué pour son emploi maladroit du couteau à petits pois quand il dînait dans les grands salons, comment la belle va-t-elle s'en tirer avec ce vieux steak trop cuit servi dans des assiettes n'ayant jamais connu le Pec citron ? Toute la partie de Carrey dans la haute est assez bien conservé, et on sourit devant sa tronche face au coucou ou son malaise quand il faut choisir entre 10 couverts disposés autour de son assiette. La suite est plus floue : Ford abuse des cartons, peine à se sortir du tout-dialogues et a bien du mal avec ses acteurs ; comme c'est en néerlandais on ronge son frein en captant ça et là quelques bribes, mais pas plus.

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Ensuite, ça scratche, ça vrille, ça brûle, ça moisit, mais entre les tâches, on se rend compte qu'un pan entier de film a disparu, et nous voilà au grand air, avec notre Harry ayant enfin récupéré son canasson. Des gens lui tirent dessus (beauté des coups de feu dans les films muets, l'absence de son étant compensé par des nuages de fumée à chaque détonation), il les pulvérise, ok. L'enlèvement a lieu au terme d'une cascade aussi brêve qu'intrépide, il y a le petit gag du steak et adieu Berthe, fin de ce qui reste. On ne peut pas dire qu'il y a là tout Ford, honnêtement, et que A Gun Fightin' Gentleman est un chef-d'oeuvre. Mais on relèvera tout de même quelques détails croustillants et subreptices, et surtout cet effet spécial dont on ne sait pas à quoi il sert mais qu'on trouve bien joli : un homme qui rêve à un cow-boy, qui se trouve alors matérialisé sur son étagère. Pour le reste, pleurons sur l'aspect éphémère du cinéma...

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Ford à la chaîne
Go west, here