ob_38bf37_alto-bracoComme une envie d'explorer les territoires enfouis, pour ne pas dire perdus de notre bonne France ? Nous voici donc rendus dans l'Aubrac, terre aride où le paysan pauvre tente d'exploiter la vache molle. Oui, bon, ne tombons pas non plus directement dans les clichés d'autant que l'histoire, plus que celle d'une terre de tradition (...) est avant tout celle d'une femme et de ses deux "grands-mères" : Brune, rapidement sans parents (une mère morte en bas âge, un père aux abonnés absents), fut élevée par sa grand-mère et sa tante qui ont décidé très tôt de quitter l'Aubrac pour gérer un café parisien. Lorsque sa grand-mère décède, ce sera l'occasion de convoquer, suivant la formule éculée, les souvenirs (ahhh cette tendresse, cette attention qu'eut Brune), de revenir au pays (l'Aubrac et ses secrets), mais aussi de se remettre en cause (et si je changeais de vie, moi, tiens, puisque tout est signe du destin...). Un roman de gare régionaliste, quoi ? Non, vous y allez un peu fort même si, même si, on est dans une certaine tradition du, comment dire, roman familial avec petit goût de terroir. On goûtera (pour les plus gourmets) aux bonnes vieilles descriptions des grands espaces du centre perdu de la France et on se passionnera (pour les amateurs de thriller) pour les multiples rebondissements du récit : car Brune, en revenant en ces terres ancestrales, va se taper des révélations en série... sur sa grand-mère, son père... De quoi y perdre un peu son latin.

On n'est pas franchement dans le roman punk, si vous voulez mon avis, plus sur des petits sentiers gentiment balisés : même si les diverses surprises du récit (...), ces secrets en chaine ont de quoi mettre en émoi notre héroïne, il n'y a ici rien de bien nouveau sous le soleil ; dois-je continuer dans ma petite voie tracée ou dois-je revenir aux sources pour retrouver mon identité ? On a peur que Bamberger tombe un peu dans cet écueil - et Brune quitta Paris, son amant, et s'acheta des vaches (sur fond d'élevage de vaches bio - une petite tendance du moment, n'est-il pas), mais, heureusement, elle possède suffisamment de finesse pour signer une œuvre et un final un peu plus nuancé. Roman des bons sentiments (la famille, son cocon, ses tensions - ce qui, parfois, comme ici, peut faire chaud au cœur), roman du sol (la France, ses agriculteurs, forces et faiblesses), Vanessa Bamberger signe un livre à mi-chemin entre la tradition régionaliste (l'Aubrac, terre de...) et une certaine tendance moderne (la viande italienne plus dangereuse que Tchernobyl ? Ma vie a-t-elle un sens, bordel ?) qui aurait sans doute plu à ma grand-mère si elle avait eu le temps de lire. Gentillet "roman de voyage" avec ancrage...