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Voilà une petite chose qui pourrait sembler de prime abord un peu cucul (en vacances, on explore des territoires parfois un peu easy...) mais se révèle sur le fil un peu moins prévisible que prévu. La chose vaut pour la rencontre en pleine jongle entre l'aventurier Ray Milland (aussi crédible en chasseur perdu dans la brousse malaisienne que moi en scout à Nevers) et la très fraîche Dorothy Lamour (qui fait preuve d'une hygiène de vie, notons-le, assez remarquable bien que vivant dans une grotte entre un chimpanzé et un tigre) ; certes, on est dans l'instant cinématographique des plus convenus, des plus téléphonés (la rencontre entre deux mondes, deux civilisations, l'anglais policé et la jeune sauvageonne) mais Thiele parvient à créer une atmosphère assez particulière pour rendre la chose un tant soit peu craquante. Milland est gauche comme un arbre mort, Lamour est aussi peu farouche qu'un doryphore dans un champ de pommes-de-terre mais il y a une sorte de sensualité qui se dégage de leur duo absolument palpable ; il sourit comme un benêt en lui faisant un cours de FLE, elle répète gentiment des mots sans franchement donner l'impression qu'elle a inventé l'eau de source (rah, les deux post ados...) mais il se dégage de ces petites saynètes d’approche une sensation plus revigorante et amusante que totalement niaise. Une complicité se crée entre un inconscient (il ne connait rien de la jungle ce couillon) et une ingénue (elle ne connait rien de notre société de consommation la bougresse) et on est tellement naïf qu’on serait presque prêt à y croire.

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On est content également de pouvoir réviser au passage ses notions de malais (je maîtrise parfaitement le mot "jalan") et de découvrir un sens du dressage animal remarquable (mention spéciale pour le chimpanzé dont le naturel devrait être un exemple pour beaucoup d'acteurs français) ; après, le scénario est con comme un bol percé : Ray Milland pourra-t-il ramener sa sauvageonne dans son campement anglais sans créer d'esclandre ? - d'autant qu'il s'y trouve tout de même sa fiancée... Les séquences mettant en scène les autochtones malais peureux face à cette sauvageonne et son tigre n'ont que guère d'intérêt ; en revanche la confrontation entre les deux femmes est plus finaude : on pressent que Ray ne pourra pas réussir à défendre jusqu’au bout sa sauvageonne face aux quolibets et aux remarques ricanantes de ses pairs ; de même, la pauvre petite risque de se faire croquer toute crue par cette anglaise si sophistiquée - croit-on... Thiele donne sa chance, en tout bien tout honneur, à sa "fille de brousse" (la finesse du titre français...) qui tentera de gagner le cœur d'un Milland plus ouvert qu'on ne l'eut cru au premier abord. Un petit film de genre vintage plutôt mignon dans son exploration... sentimentale.

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