9791030702446,0-5512343Hommage au genre de la part de Thomas Gunzig, un genre bien souvent dédaigné par la littérature, le pulp, le trash, le gore, le visqueux, le tentaculaire, le avec-des-crocs. Et hommage tout à fait agréable, même si en ouvrant ce livre, je m'attendais à du bien crade comme j'aime, à la manière du marrant roman d'Olivier Bruneau. Ici, on est plus dans Lovecraft, si vous voulez, plus dans la bête informe tellement monstrueuse qu'il est impossible de la décrire sur papier, genre. Moins fan, mais cette lecture m'a quand même fait bien plaisir pour plein de choses : d'abord l'humour, très noir bien sûr. Les "héros" du livre sont un groupe d'adolescents, bien entendu légèrement crétins, buveurs de bière et priapiques, qui s'installent pour un week-end dans un chalet isolé et coupé du monde. Très vite, l'un d'eux se fait à moitié assommer par un redneck local. Le groupe se disperse alors (erreur fatale et éternelle), qui pour aller pêter la gueule du coupable, qui pour chercher de l'aide : ce sera leur perte, chacun se trouvant alors confronté à quelque monstre visqueux, quelque fantôme du passé ou quelque débile mental armé jusqu'aux dents et passionné de vivisection. On le voit, la trame est tellement surfaite, tellement éprouvée depuis des années, qu'on ne peut prendre qu'avec dérision les aventures de ces victimes sur pattes emblématiques du genre. Et c'est vrai qu'on se marre bien à voir Gunzig préparer des tortures raffinées pour chacun d'eux, surenchérissant toujours dans le crade (la sodomie par poulpe est un summum).

La deuxième chose agréable dans ce roman, c'est son côté poétique, allant chercher dans des recoins inattendus son style coloré et parfois presque surréaliste (le livre est illustré par Blanquet, qui semble avoir compris parfaitement l'esprit de Gunzig). Une fois cette rame "evildeadesque" mise en place, Gunzig ouvre les vannes de son bestiaire improbable, entre Bacon et Lucio Fulci, et son imagination force le respect. On sort bien vite des chemins tout tracés du slasher de base pour se trouver confronté à des visions entre l'absurde et l'horreur, entre des terriers à la Lewis Carroll et des créatures gluantes parfaitement rendues. Créatures d'ailleurs assez aberrantes elles aussi, puisque malgré leur apparence (une sorte d'amas d'organes dégueulasses) elles parviennent à disserter avec une certaine verve. Le scénario, il faut le dire, part en sucette dans tous les sens, on se désintéresse peu à peu de toute logique et de tout suivi (la construction en chapitres éclatés s'intéressant à chaque fois à un des protagonistes de l'histoire aide bien à se paumer complètement) pour se laisser aller au simple plaisir de l'imagination du bougre, qui n'en manque décidément pas. Finalement, derrière la farce, on sent un véritable amour du genre, on sent les heures passées à visonner de vieilles VHS cradouilles, et on sent même un vrai sens du sérieux par rapport à ce qui est raconté : quand un des personnages s'enfonce à la fin du livre dans un lac mystérieux et symbolique, on voit bien que Gunzig comprend que le genre de l'horreur sait parler comme aucun autre de métaphysique, d'angoisse de la mort et de mythologie. Satisfait donc par 10000 Litres d'horreur pure, petite récréation finaude et vomitive dans ce monde trop lisse.