dragged-across-concrete-review

Voilà du cinéma en béton armé, qui en a la même rudesse, la même couleur et la même simplicité : Zahler, toujours au taquet, et toujours distribué comme un clochard, continue son entreprise de nihilisme avec ce très beau polar aride et viril. Si Tarantino n'avait pas les moyens qu'il a, si Michael Mann faisait encore du cinéma, si Cimino était né 30 ans plus tard, ils auraient peut-être pu rencontrer ce style et réaliser Dragged Across Concrete. Eh oui, c'est à ce point là : on dirait que ce film emprunte un peu à tous ces gens-là, trempe aussi un peu dans le film d'horreur des 80's, et en ressort tout neuf, ayant avalé ces références sans ressembler à une copie. En tout cas, voilà un film noir, très noir, et absolument enthousiasmant avec sa pâtine classique, ses personnages forts et sa trame implacable. C'est l'histoire ultra-simple de deux flics, un peu ripoux sur les bords, un peu vieille école, qui sont mis à pied pour une petite bavure (ils ont secoué un peu trop fort une petite frappe). A la fois offusqués et frappés d'ennui, ils vont organiser un casse risqué, qui bien entendu va tourner mal et faire couler le sang.

f8b92f1b7086b8b3c79ea8fc7d81e030

Ce qui saute aux yeux d'abord, c'est les acteurs. Et ce ne sont pourtant pas les deux meilleurs du monde : Vince Vaughn est impressionnant de précision dans son jeu très behaviouriste, très "faussement quotidien" ; et Mel Gibson est génial (je pensais pas écrire ça un jour) en flic taiseux, dépassé par le monde et tentant de réagir comme il peut. On sent dès le départ que, malgré son professionnalisme, cette idée de braquage est super foireuse, mais le gars encaisse les coups avec un flegme et une sagesse extraordinaires. Les meilleurs moments, finalement, sont ceux où ces deux flics attendent dans leur bagnole et discutent infiniment sur des détails : Tarantino peut se rhabiller, c'est merveilleusement écrit dans l'absurdité. L'absurde métaphysique semble d'ailleurs être le fil conducteur de ce film : la preuve en est avec cette séquence sidérante qui prend bien son temps pour faire exister un nouveau personnage avant de le flinguer brutalement quelques minutes après. On comprend dès lors où va aller le film : la mort frappe, elle frappe fort et de façon complètement illogique. Tout le dernier tiers, très violent, confirmera la chose. On est toujours à cheval sur le burlesque et la tragédie, sur les excès et la grande simplicité d'écriture et de réalisation. Mais il y a dans cette pâte classique, qui rappelle le Hollywood des années 70-80, quelque chose qui entérine définitivement le côté tragique : certes, c'est marrant de regarder un mec fouiller l'estomac encore chaud d'un cadavre pour y trouver une clé ; mais c'est surtout terrifiant, et ça ouvre le film vers un nihilisme total qui marque des points. Derrière ce style minutieux et clinquant, on suit une histoire passionnante qui tient en haleine, mais finalement ceci est secondaire : ce qui importe c'est la coolitude du film, sa très grande classe. Ce Zahler est décidément un type intéressant.

tab-Vanessa-Bell-Calloway,-Tory-Kittles,-and-Paul-Rogic-in-Dragged-Across-Concrete-(2018)-1554804214400_16a45059928_large