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On attendait beaucoup (moi, en tout cas) d'Ari Aster après le passionnant Hereditary, qui avait mine de rien constitué une petite révolution dans le cinéma d'horreur en réinventant les manières de faire peur et en proposant quelques images parfaitement traumatiques (je rêve souvent de cette femme se cognant la tête sur une porte). On peut dire qu'il répond présent avec ce nouveau film, qui cherche lui aussi d'autres voies, d'autres angles pour déclencher l'effroi. Il s'agit cette fois-ci d'un des seuls films d'horreur qui se déroule en plein jour, ce qui est déjà intrigant : on est même dans la clarté perpétuelle puisque nous voici embarqués en Suède, dans une communauté idyllique qui organise comme tous les 90 ans la fête du solstice. Au programme : danses, tambourins, élection de reine, ateliers couture, colliers de fleurs, sourires niais (bref de quoi s'intégrer sans problème à la communauté de Pézenas en été). Bon, au programme aussi, il est vrai, quelques activités para-artistiques moins fédératrices, comme le sacrifice de petits vieux, le dépeçage de jeunes gens et la défloration forcée de jeunes filles. En pénétrant dans ce festival new-age déviant, la petite Dani (excellente Florence Pugh) et ses potes ne se doutent de rien : le but est pour elle d'oublier le deuil brutal qu'elle a subi (sa soeur et ses parents ont été expédiés ad patres durant une séquence de pré-générique franchement géniale), pour eux de boucler une thèse d'anthropologie. L'étau de l'angoisse va lentement, très lentement, se refermer sur eux, et ils vont vite apprendre qu'il ne fait pas forcément bon danser la gigue au son des vielles à roue.

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Premier constat : Aster est définitivement un très grand metteur en scène. Il arrive à rendre très palpable cette impression abstraite d'enfermement au grand air, par une façon unique de filmer ce petit lieu à ciel ouvert : quelques maisons, un champ, la forêt autour, et on a la même impression que dans l'hôtel de Shining, celle de ne pouvoir s'échapper, celle que c'est le dernier lieu qu'on verra. Il parvient à cette sensation en usant de travellings très complexes, qui englobent peu à peu l'intégralité du décor pour mieux en montrer l'étroitesse. Jamais perdus, mais toujours un peu déstabilisés, les spectateurs sont pris à cheval sur la très grande précision de l'espace et sur cette façon de nous égarer dans ce petit espace. Après la maison de poupées d'Hereditary, voilà une nouvelle façon de nous enfermer dans un espace, celui-ci baigné de soleil et extérieur. Aster sait aussi à merveille suspendre l'action, l'étirer jusqu'à plus soif, l'amener par touches infimes, pour mieux la faire éclater soudainement : pour une ou deux scènes gore parfaitement rebutantes, il faut assister à des dîners longuissimes, immobiles, à des cérémonies pourries qui durent des plombes. Certes le film y perd en rythme, est sûrement beaucoup trop long (ça ne tient pas sur 2h30) ; mais ça fonctionne par le fait que les scènes d'horreur y apparaissent dans un relief éclatant. Celles-ci ont d'autre part l'immense particularité de mélanger le gore avec l'absurde : on se marre beaucoup dans ce film qui fustige la naïveté de ces communautés sectaires new-age tout en leur reconnaissant une part de vérité ; après tout, choisir son amant en fonction de sa beauté ou tuer les vieux pour leur épargner les EHPAD sont des théories extrêmes mais valables. Quoi qu'il en soit, ces allumés respectent tellement au pied de la lettre leurs croyances qu'on rigole bien quand par exemple, un des garçons pisse sur un pauvre tronc d'arbre symbolique, ou quand on explique à ces jeunes gens que le grand-père éclaté qu'ils ont à leurs pieds a souhaité sa mort. La violence est toujours teinté d'un brin d'humour (y compris dans ce gros ours final), leçon empruntée à Kubrick, qui est la principale référence de Midsommar.

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Tout ça n'est certes pas dépourvu de défauts : c'est trop long, c'est parfois complaisant (un plan sur les visages déchiquetés, c'est bien, 17 c'est trop), très prétentieux, un peu premier de la classe. Mais c'est tellement beau, tellement efficace, tellement maîtrisé qu'on ne peut que s'incliner devant cet exercice de style très étrange, qui réconcilie le folklore avec le naturalisme, le brulesque avec l'horreur, le symbolique avec le film de genre, offrant une sorte d'univers païen et panurgique aux scènes gore. On comprend bien que tout ça est allégorique, et oui, on comprend à la toute fin que tout ce festival n'est sûrement que mental, et qu'il n'a servi à Dani qu'à expulser la bête noire qui la hantait, ce deuil impossible à faire qui se trouve ainsi enfin résolu. Toute cette histoire ne mène qu'à ça : faire acte de résilience, se débarrasser des choses noires qui encombrent l'existence (c'est le sens de cet incendie final tout symbolique), repartir à zéro, même en ayant traversé la violence et le chagrin de la perte. Oui, car en plus de nous servir un film spectaculaire, Aster écrit un scénario fin et douloureux très bien construit. Allez, avouons-le : on a trouvé là un des jeunes gars les plus prometteurs de ces dernières années.

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