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Contre toute attente, mention honorable pour ce film qui, sur le papier, avait toutes les chances de s'attirer les sarcasmes : premier film, film de genre, Omar Sy à l'affiche, accrochez-vous. Et c'est vrai que les premières bobines font craindre le plantage : on est dans un sous-marin français, accroché aux oreilles du jeune Chanteraide, capable de repérer le plus infime son dans l'immensité aquatique et de vous donner le type de véhicule, la grosseur, et la marque du slip du capitaine rien qu'à l'écoute. On tique franchement devant cette reconstitution beaucoup trop toc pour être honnête, beaucoup trop appliqué pour ne pas sentir le bon élève studieux, plus préoccupé par ses soucis de marine que par ses problèmes de cinéma : acteurs faux (François Civil, Redda Kateb, et l'infâme Omar Sy), situations sur-écrites, figuration de fête foraine, tout ça sent la sueur et le travail à la table, et on se dit qu'en s'aventurant dans le genre hyper-américain du film de sous-marin, Baudry a certes visé haut mais s'est planté, si on doit se fader deux heures de cette démonstration poussive de recherches (on sent que le moindre détail a été validé par l'armée, ce dont on se fout complètement). Bref, "Chaussette" (tel est son surnom) repère un type de missile que tout le monde croyait hors d'usage, on découvre le joli métier "d'oreille d'or", ses copains le vannent mais sont bien admiratifs, fin du premier acte, retour sur terre.

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... où il nous faudra encore patienter quelques temps avant de voir pointer l'intérêt, puisque, à quai, Chaussette vit une histoire d'amour qui n'a d'intérêt que pratique (augmenter la durée du métrage, et ménager un salaire à la palote Paula Beer), mais qui nous fait dangereusement frôler la touche "Stop" de la télécommande. C'est fade, convenu, strictement dénué d'intérêt, joué au minimum syndical, on s'emmerde menu. C'est alors que le bon Mathieu Kassovitz fait son entrée, faisant enfin entrer le film dans une autre dimension, plus inventive, plus fun, libérée de son carcan de véracité à tout prix. Sur le modèle honorable de Docteur Folamour, Baudry invente une histoire tendue comme un string : croyant à une attaque nucléaire, la France réplique en lançant elle-même un missile contre les Russes, mais se rend compte bien vite que la première attaque n'était qu'un leurre pour déclencher un conflit mondial. Il s'agit donc d'interrompre le protocole de lancement du missile français ; mais une fois lancé, celui-ci est irrattrapable, et Kateb, capitaine incorruptible et inflexible fera tout pour qu'il arrive à bon port. Kasso, amiral tout en tics nerveux, arrivera-t-il, aidé par Chaussette et par Omar (excellent quand il est engoncé dans son scaphandrier et qu'il ne dit plus rien), à enrayer cette machination diabolique ?

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A partir du moment où la trame est lancée, où il n'est plus question que de trouver la solution pour éviter la guerre, Baudry se lâche enfin et réussit un très bon suspense, d'autant plus chaud à réussir que tout reste dans les quelques mètres carrés des sous-marins et que tout n'est que tergiversations tactiques relativement pointues. Baudry a un vrai sens du rythme et de l'espace, rendant toujours très nette cette histoire, mettant toujours en relief la petite seconde décisive où tout peut basculer, et surtout plaçant toujours l'humain au sein de ces grands déploiements politiques. On a l'impression que le sort d'un pays ne repose que sur le tympan de Chaussette. Certes, tout ça reste curieusement kitsch malgré les efforts de toute l'équipe technique (je n'arrive pas à comprendre pourquoi on n'y croit jamais complètement, les acteurs peut-être, l'image...), mais on passe une heure suspendu aux décisions de Kasso et à la perspicacité de Civil, et on ne voit pas le temps passer. Ce qui était après tout le but premier de ce petit machin sans façon et sans crânerie. Honorable, disais-je.