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Décidément, à ce rythme-là, je risque d'avoir un top 10 de fin d'année uniquement composé de films chinois... So long, my Son est une histoire de fils (normal, mais au pluriel) subtilement entremêlés (vous sentiez venir le jeu de mots, n’est-ce pas ?) pour ne pas dire subtilement montés. Il est question ici de fils perdu (mort, avorté, vous pouvez décliner), de fils disparu, de fils retrouvé, de fils adopté, protégé, etc... C'est une thématique certes pas franchement unique (Chine, unique... vous l'avez ?) mais ici très judicieusement traité par le biais d'un jeu constant sur les flash-back, les ellipses, les va-et-vient dans le temps qui, loin de perturber le spectateur, donnent une ampleur magistral à ce film très court de trois heures.

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Deux parents que l'on suit sur plusieurs décennies (des années 70 à nos jours), une vie ponctuée de drames, une vie tragique même, mais vécue avec une dignité, un sens de "l'acceptation" totalement... chinois (et je pèse mes mots). Comme dit le père à sa femme, tous les deux arrivés à un âge avancé, alors même que l'avion dans lequel ils se trouvent est victime de turbulences : « c'est drôle qu'on ait encore peur de mourir ! ». Parce qu'ils sont morts, affectivement, cliniquement, professionnellement, amicalement une bonne vingtaine de fois au cours des deux heures trente précédentes. Mais toujours avec une sorte de fatalisme absolument terrifiant... Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas eu des moments de joie (la queue-leu-leu en Chine, c'est quelque chose), ni des moments de crise absolue (les scènes à répétition dans ce couloir d'hôpital...) mais à chaque fois nos deux quidams se sont patiemment reconstruits avec un sens du renoncement, avec une absence finalement de rébellion qui pourrait presque finir par faire peur. Bon nombre aurait sombré à leur place (en se séparant, en tombant en lambeaux, en se suicidant (même si...)) mais ils font preuve, passées les épreuves, d'une résilience qui laisse absolument pantois...

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Au départ donc, un couple, dont l'enfant tombe à l'eau, puis des années plus tard, dont l'enfant se tire en bateau... Difficile d'en dire plus sur le scénario sans spoiler la chose : Wang a cet art de faire des grands bonds (…) dans le temps puis de combler peu à peu les trous ; je rassure Gols peu adepte des scénarii alambiqués : le montage, bien que déstabilisant au départ (passé, présent ?) devient, passé les dix premières minutes, d'une fluidité absolue. Les deux acteurs principaux sont absolument fabuleux dans ce rôle de "couple courage" parvenant à être aussi crédibles à 30 ans qu'à 70 (sans besoin d'appli) ; ils tiennent le film sur leurs épaules, un film rempli de petits riens, d'instants fugaces pris sur le vif et de rebondissements, d'événements destructeurs. Le cinéaste parvient à trouver un subtil équilibre entre les séquences traitant de la marche normale des choses et celles des moments cruciaux de la vie. Le film est une sorte de puzzle (formule certes éculée) qui se construit peu à peu mais en laissant ici ou là des trous que le spectateur n'aura aucun mal à combler ; on éprouve peu à peu une sorte d'empathie envers ce couple (on comprend progressivement comment ils se sont construits, déconstruits…), un couple "de peu" qui se révèle sur le fil totalement bouleversant. Subtil, juste, touchant. Une nouvelle petite perle d'orient, oserais-je, si je faisais la pige à Télérama.

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