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Au vu du premier épisode de cette troisième saison, on frémit : La Casa de Papel nous a donné tant de fun jadis avec ses deux saisons idiotes mais délicieuses qu'on se demande s'il était bien nécessaire d'y ajouter cette troisième (et une quatrième prévue) pondue aux forceps, ajoutée contre toute volonté des premiers scénaristes, dont la seule présence se justifie par l'énorme succès de la série et par de vaines spéculations financières. Oui, parce que le postulat de base de cette saison laisse rêveur : un des rescapés milliardaires du premier casse fait l'erreur d'utiliser un téléphone, déclenchant immédiatement une alerte rouge et son emprisonnement. L'équipe de braqueurs se réunit donc dans l'urgence : il faut faire libérer le gusse. Mais plutôt que d'organiser son évasion, ils décident de fomenter... un deuxième casse, dont la finalité reste donc complètement fumeuse (en quoi cambrioler une banque peut faire libérer leur pote ?), mais qui sera bien entendu mille fois plus spectaculaire que celui de la Monnaie. Tout dans la surenchère donc : on a beau hurler aux créateurs de la série que c'est souvent une impasse, qu'il ne faut pas chercher coûte que coûte à être plus forts, plus beaux, plus funs, plus "tout" que lors de la première fournée, que la surenchère est souvent l'ennemie du succès, les gars y vont à 2000 à l'heure.

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Tellement à 2000 d'ailleurs qu'ils en oublient au passage d'être un tout petit peu crédibles dans leur trame, trop rapide pour être pertinente. Mise à par cette incohérence de base, on se ballade durant le reste de la série d'incohérences en événements hasardeux, et on voit bien que les auteurs avancent à vue, avec pour seul mot d'ordre : faut que ça pète. A chaque nouvelle catastrophe qui menace de faire s'écrouler le plan de El Professor, on se rend compte dans la séquence flash-back suivante qu'il avait prévu le coup et qu'il a un plan pour déjouer les ennuis. Ca finit par donner une sorte d'invulnérabilité à cette équipe, qui a l'air d'avoir préparé le coup pendant 80 ans, mais tombe pourtant bien souvent dans des pièges qu'un apprenti-braqueur de CM1 aurait évités ; genre tomber amoureux, larguer sa gonzesse en plein braquage, se souvenir qu'on a une fille juste au moment où les flics s'en servent comme monnaie d'échange, ou se rappeler qu'on a séché le cours d'escalade au moment où le GIGN vous traque dans les bois. Ça n'empêche pas nos Robin des bois d'avoir passablement quelques problèmes de cohésion, malgré les bons soins du professeur. Les scénaristes ont décidé que la première saison manquait de coups de surprise avec ses 14 cliffhangers par épisode ; place à l'action, la vraie, même la plus bête, avec ces 49 retournements de situation par heure. Encore un fois, on reconnaît le savoir-faire : c'est tellement roublard et tellement habile qu'on regarde la chose bouche bée, se foutant bien que ce soit complètement con ou franchement impossible, ou d'entrevoir les 15 possibilités qu'a la police d'arrêter le braquage. C'est hyper-efficace, et passé l'agacement du début quant à l'improbabilité de cette saison, il faut avouer qu'on suit le truc avec un tic nerveux à la paupière et un filet de bave au coin des lèvres. On se rend bien compte que c'est joué au rabais, légèrement putassier au niveau du fond (les braqueurs révolutionnaires, hum hum), très répétitif au niveau de la mise en scène, caricatural dans les personnages (avec l'arrivée de ce Monstre majuscule qu'est la négociatrice), mais c'est comme ça : c'est fun, régressif comme un spectacle de Guignol, marrant comme tout et fagotté en maître de façon à vous en mettre plein la vue. En route pour la 4. (Gols 31/07/19)

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L'ami Gols est bien luné en ce milieu d'été : La Casa de Papel garde encore des traces de son efficience, mais avouons qu'on n'a définitivement plus la même passion pour ces Dali vêtus de rouge (des Robin des Bois révolutionnaire un rien autocentrés...). Il y a plusieurs choses, sans revenir sur les points énoncés ci-dessus, qui me font tiquer : ces sempiternels flash-back qui n'apportent pas grand-chose sur les personnages (juste une façon de faire patienter - genre speakerine - avant de passer à l'action : les seuls morceaux de bravoure de la chose) ; ces rapports conflictuels entre les couples censés apportés un peu de piment et de rebondissements (c'est non seulement affreusement systématique - comme s'il n’y avait rien d'autre à faire - mais cela tombe surtout franchement comme un cheveu sur la soupe (j'ai mangé des moules ce midi, je ne t'aime plus, genre)) ; les otages deviennent des pions rouges qui ne servent strictement à rien (quasiment plus aucune interaction avec le gang (comme si les petites histoires d’icelui étaient tellement passionnantes qu'il ne servait à rien de parler d'autre chose ; il y a seulement, parmi les otages, l’utilisation du « gros de service » en charge des charges les plus ingrates - ce qui frôle la tautologie)... On pourrait allonger la liste (des acteurs moins dirigés qu'un tir de missile nord-coréen en effet) mais on pourrait aussi se contenter de conclure avec ce simple fait : fini avec le petit côté "fun" de la chose ; on sentait dans les deux précédentes éditions une fraîcheur du meilleur effet dans les rapports entre ces braqueurs têtes brulées. Il y avait déjà toute la tension stressante de l'extérieur mais on avait droit à de vrais morceaux de déconnade entre eux (ce qui faisait la marque de fabrique de la série)... Là (las ?), tout semble un peu trop poussif, réchauffé, pour ne pas dire superficiel... Toujours aussi fier à bras dans le ton et efficace dans l'action (quand il y en a) mais encore plus vain dans le fond (comme un sentiment de gueule de bois en un sens) - une série de papier qui ferait bien de se consumer définitivement à la fin de la saison 4. Cela occupe, nonobstant, lors des longs voyages en avion...   (Shang 31/07/19)

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