20221575792_b443244935_b

Lauren Bacall, Betty Grable, Marilyn Monroe : voilà l'argument de ce film. C'est malheureusement le seul. Si on enlève Betty Grable. On imagine à l'époque le public se presser à l'entrée des cinés pour mater les rondeurs des unes et les jolis yeux des autres, surtout projetés en Cinémascope (le film étant l'un des premiers à avoir exploré le procédé), avec cette promesse de friponnerie et d'érotisme soft, de chansons à double sens et de répliques ambiguës que le titre suggère. Bon, on est prêt à fermer les yeux sur l'absence de scénario et l'aspect purement publicitaire, et on envoie How to Marry a Millionaire avec confiance. Dès la première scène, on déchante : ça s'ouvre sur 5 minutes de musique assez moche (Alfred Newman pourtant), jouée avec passion par un orchestre au grand complet, séquence aberrante qui ne semble exister que pour justifier le Cinémascope et donner aux spectateurs le spectacle qu'ils sont venus chercher. Il faut s'accrocher, mais ça passe, et voilà le film proprement dit qui commence (après encore quelques plans beaucoup trop longs sur New-York, putain de format large) : Schatze, Loco et Pola sont trois célibataires légèrement Rastignac sur les bords, qui décident de s'associer pour tenter de décrocher le gros lot : marier un richard, par tous les moyens, quitte à mentir, à ruser ou à vendre tous les meubles de la maison qui ne leur appartient pas. On va suivre en montage croisé le destin de chacune d'elles, aux prises avec les millionnaires qui se laissent prendre à leurs charmes (qu'elles ont, il est vrai, protubérants) : l'une (Bacall) est très rusée, mais peut-être moins que l'homme épris d'elle, qui la harcèle mais qu'elle refuse ; l'autre (Grable) est tellement con qu'elle se laisse draguer par un homme marié, avant de s'éprendre d'un brave cow-boy sans fortune ; la dernière enfin (Monroe) a l'excuse de sa myopie, qui la fait rencontrer n'importe quel péquenot.

31427755260_a0762c272c_b

Franchement, ne serait la présence de nos trois girondes héroïnes, on serait à deux doigts du navet, et ce malgré la clinquant de la distribution technique : à la musique, aux couleurs, aux décors, aux costumes, c'est un festival de m'as-tu-vu qui défilent. On en prend plein les mirettes et les esgourdes, certes, mais il faut quand même sérieusement aimer la kitscherie pour adhérer à cet univers hyper-artificiel de neige immaculée, d'îles paradisiaques et de boîtes de nuit tamisées. On est à Hollywood, et Negulesco tient à ce que ça se sache : rien n'est donc crédible dans cette histoire, et rien n'est grave. Le souci est que rien n'est vraiment bon non plus, et que Negulesco gaspille à chaque fois toutes ses chances d'être drôle : le meilleur exemple est ce plan final où nos trois cailles découvrent que l'homme qui les a harcelées depuis le début est un multi-millionnaire : leur évanouissement, filmé par Hawks ou Wilder, autait été hilarant, excessif ; là, il est presque occulté, filmé presque en passant. Une fois passées les deux répliques un peu finaudes (dont la meilleure est sans conteste celle de Bacall faisant l'éloge des hommes vieux : "Look at that ol'fella, what's his name? In The African Queen. Crazy about him! »), une fois applaudi les mines éternellement craquantes d'une Marilyn mignonette avec sa myopie et sa voix de canari, il ne reste rien à prendre dans ce film sans rythme, sans gag, sans vie et sans génie. Grable est en-dessous de tout dans son jeu, au moins ses partenaires font mine de s'intéresser à la chose ; Negulesco, prisonnier de son format large, est condamné aux plans larges, et on n'aperçoit que les silhouettes en pied de nos demoiselles ; et la vision antique des rapports homme-femme fait tiquer plus souvent qu'à son tour. Ce qui aurait pu et dû être une brillante comédie de moeurs canaille et pétillante se transforme en vague comédie poussive sans esprit. Raté, raté, raté.

giphy