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Il y a les fameuses comédies "douces amères", souvent un peu rances, et puis les comédies aïoli piments rouges de ce bon Comencini. Encore une fois, on oscille entre de bons vieux morceaux de comédie à l'italienne (ce n'est jamais deux ou trois personnes secondaires, c'est tout un village qu'il faut mettre en scène) et cette tristesse noire, celle qui fusille tout du long notre existence avec l'éternel duo : argent / amour - lequel des deux fait plus le bonheur... pour une femme italienne (tout sexisme mis à part, cela s'entend). On est gâté au niveau du casting internatlionE : Bette Davis plus vieille que vieille en vieille salope usurière (et dire qu'il lui reste dix-sept ans à vivre et une vingtaine de films à faire, increvable la vioque), ce bon Joseph Cotten dans un rôle de lavette (partenaire (de jeu et dans la vie) de la Bette - il se prend un cendrier dans le front par l'autre dévissée sans moufeter : résilience quand tu nous tiens), Silvana Mangano en femme faite fantôme plus vénale que mon ex et enfin bien sûr l'incontournable Alberto Sordi en pauvre type amoureux de sa femme qui va aller de Charybde en Scylla... puis en Charybde ? Suspense... Le principe est simple : un couple de sans dent est invité quasiment chaque année à la table de la richissime Davis ; ils espèrent lui piquer tous ses sous en jouant au fameux jeu de cartes du titre italien, et chaque fois ils se font plumer... Silvana est toujours au taquet mais Alberto joue comme un pied... Cette année, peut-être que le miracle va enfin se produire, non ?... Si Alberto déjoue, Silvana le menace de s'associer avec le plus grand dragueur et tricheur de la ville... La honte absolue.

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On passe une nouvelle fois par tous ses états, la loupe de Comencini faisant ressortir toutes les faiblesses de ses pauvres frères humains : la perversité de la vioque (aimable avec les pauvres mais toujours prêtes à les enfoncer et les humilier un peu plus), la lâcheté de son partenaire (ça fait du bien de voir un homme dans le rôle d'une potiche servile), l'opportunisme de la Silvana (elle vendrait son âme et celle de ses enfants pour avoir du pognon) ou encore la couillonnerie absolue d'Alberto (la capacité de concentration d'un poisson rouge en eau trouble). Ces quatre-là disputent des parties acharnées (ponctuées des multiples évanouissements de la Bette, qui ne veut rien lâcher) pendant que le bon peuple d'en bas se prend à rêver : il faudrait liquider Balkany De Rugy la vioque jusqu'à la moelle, lui faire manger la poussière : alors enfin, un jour, un pauvre connaîtra la satisfaction suprême : être péter de thune... On s'en doute, le Comencini, même s'il fait tout pour qu'on ait de l'empathie avec ce couillon d'Alberto, va nous démontrer par A + B que l'argent, au centre de tout ici, n'est finalement que bien peu de chose... Lors de deux ultimes twists qui donneront toute la saveur au film, il nous fera (côté positif) une belle petite leçon sur l'amour, et (côté caustique) une belle petite leçon sur la mort... C'est qui les vrais vainqueurs de ce petit jeu de cons ?

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Alors, c'est vrai qu'on s"amuse des tronches de ce pauvre Sordi parmi ce théâtre de fantômes (Davis, Mangano, Cotten... totalement déshumanisés en quelque sorte) ; le type serait prêt à s'arracher les ongles des doigts de pied avec les dents pour faire plaisir à sa dulcine... et ce en jouant la bonne carte susceptible de les faire gagner. Notre homme passe par toutes les couleurs de la souffrance à chaque fois qu'une partie est relancée (les gains sont doublés) et qu'on arrive au moment crucial de la partie (choisir de jouer l'une des deux cartes qui reste en main). Après, ce ne sont que cris et douleurs à l'italienne où rien n'est jamais dans la demi-mesure : en couple comme en société, toute manifestation est radicale... Et forcément on se poile comme des loutres quand survient la scène où Mangano se retrouve poursuivie par Sordi (il veut la tuer, purement et simplement) poursuivi lui-même par tout un village. Tout part en vrille avant ce final romantico-mortifère de la plus belle eau. Alors bon (oh putain une critique...), c'est peut-être parfois un peu répétitif dans les gags (ces parties n'en finissent plus) mais cela fait aussi partie du côté jusqu'au-boutiste de la chose : user jusqu'à la trame la patience, l'amour, la vénalité de chacun. Sordi(d)esque et donc forcément tristement jubilatoire.  

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