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Voilà une oeuvre (de guerre) qui démontre une nouvelle fois tout le génie d'Alberto Sordi de nous faire passer en un clin d'œil de la comédie à la tragi-comédie puis à la tragédie (en deux clins d'œil si vous voulez chipoter). Comencini met magistralement en scène la traversée d'un soldat d'une l'Italie aux abois alors que l'Armistice avec les alliés vient tout juste d'être signé : l'armée italienne ne collabore plus avec les Allemands mais en devient la cible... Notre pauvre Alberto apprend la nouvelle à ses dépens (il se fait tirer dessus par les boches), se retrouve sans véritable ordre de son commandement et prend la décision devant cette véritable situation chaotique de rentrer chez lui... Le début de moult aventures, de moult rencontres, dans cette Italie tiraillée de toute part entre fascistes et résistants...

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La grande réussite, disais-je, est cette capacité à nous faire croire durant un temps qu'on est face à une œuvre plutôt légère, dont on pourrait presque rire (la déroute du soldat Sordi pris de court) avant de nous ramener brutalement sur terre. Sordi (un visage à la fois de monsieur tout le monde et une tronche inoubliable) parvient à surfer avec art entre des situations vaudevillesques et des situations tragiques : il flirte avec la femme d'un type qui a la jambe cassée ; cloué sur son lit le type est impuissant devant la volonté de sa femme d'embrasser Sordi et de se barrer avec lui à Rome - rires cocasses de la salle... Des rires cocasses vite étouffées devant certaines séquences qui, comme le ferait une bonne baffe, nous rappellent incidemment que c'est bien la guerre et que la guerre, bordel, ça rigole pas (le convoi en train des gens qu'on emmène en Allemagne et ce plan terrible d'une petite fille qui ramasse sur les rails les petits bouts de papier jetés désespérément par des prisonniers qui meurent de soif ; la rencontre en route avec une jeune juive et l'ami de Sordi (qui la prend sous son aile) qui se fait abattre comme un chien par des soldats allemands ; le soldat américain caché dans le grenier qui se fait serrer par la milice...). Dans le rire comme dans l'horreur, Comencini ne cherche jamais à en faire des tonnes, tout comme son acteur d’ailleurs, et parvient au bout du compte à nous montrer avec une totale maîtrise toute la complexité de la situation, toute la complexité des réactions d’un être humain (opportuniste par nature, il est forcément déboussolé quand il ne sait plus quel camp va triompher) ... Que doit faire le soldat Sordi ? Ne sachant plus trop à quel saint se vouer, il décidera malgré les nombreuses embuches de se risquer à rentrer chez lui... Le repos enfin du guerrier ? Que nenni, puisque son père, fasciste convaincu, est prêt à l'embringuer dans un plan bien puant... La fuite, encore et toujours, avant de se retrouver prisonnier, d'assister à nouveau à des scènes qui fendent le coeur (Reggiani, l'homme qui a une tronche pour mourir dignement et pour t'arracher une larme de crocodile) et décider, finalement, d'agir... Mais auparavant, on aura eu droit à toute une pléiade de situations difficiles durant lesquels Sordi aura fait preuve aussi bien de lâcheté (quand il abandonne ses potes pour partir avec la donzelle) que de "courage" (ou disons peut-être plus précisément "d'instinct de survie"). Un récit rocambolesque qui illustre tout l'art de la comédie à l'italienne : il faut toujoursse presser d'en rire avant d'avoir à ravaler ses larmes. Benigni peut aller se coucher, il n'arrivera jamais à la cheville de ses aînés. Viva Alberto, viva Italia.

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