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Ondaatje est un écrivain consciencieux qui prend soin de lire toute la documentation nécessaire (des récits sur l'espionnage à Londres pendant la guerre aux courses de lévriers...) pour faire une œuvre de fiction crédible. C’est louable mais pas forcément suffisant… On est plongé ici au lendemain de la guerre dans l'esprit d'un jeune garçon de 15 ans dont les parents sont aux abonnés absent - un père parti à Singapour et une mère on ne sait où ; notre héros, Nathanael, auprès de sa soeur, va vivre diverses aventures auprès de types plutôt louches qui habitent au sein de leur demeure et qui ont plus ou moins la charge de garder un œil sur eux ; il est notamment question pour notre héros de sorties nocturnes sur la Tamise pour effectuer, sous la coupe d’un sombre personnage surnommé le Dard (!), des trafics de lévriers ou de sorties nocturnes dans des apparts inoccupés pour s'éveiller, auprès d'une certaine Agnès, à la sexualité... Un récit plein de trous et d'inconnus (que trafique réellement le Dard, pour qui travaille-t-il) que l'on tentera de combler, quelques années plus tard, dans la seconde partie (avec la réapparition de cette mère mystérieuse...). Bien. Avouons d'entrée de jeu que l'histoire est un peu moins réussie que la couverture... Le problème avec ce récit, c'est qu'on est trop rarement dans l'action (le narrateur rapporte surtout certaines de ses habitudes du passé... on est jamais vraiment dans le récit d'un événement particulier qui nous tiendrait en haleine) et que les très nombreux trous et inconnus de cette première partie (plus ou moins comblés dans la seconde... on ne saura jamais par exemple ce qu'il est advenu de ce pauvre père... plusieurs autres pistes seront laissés en route) nous laissent un peu sur le bas-côté... Trop de mystère tue le mystère, en un sens... On n’est jamais vraiment dans une « troublante atmosphère d’une nuit de brouillard » mais juste dans une suite d’expositions de faits dont ne sait que trop rarement les tenants et les aboutissants.  On regrette également de ne jamais vraiment voir ces "espions en action" (on ne rapporte rapidement que certains de leurs faits mais là encore de façon trop floue) ni de sentir véritablement le pouls de ces nuits londoniennes - on ne fait qu'effleurer l'analyse de ce monde interlope d'après-guerre. Du coup, on peine à vraiment ressentir toutes les émotions (positives ou négatives) de ce personnage qui, dans ce contexte, auraient pu (Ondaatje n'est pas Green...) être beaucoup plus passionnantes. Une histoire par trop tamisée qui nous laisse avec beaucoup trop d'ombres. Un « récit d'aventures » en quelque sorte qui se révèlent guère marquantes au final.