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Il y avait du matériau dans ce film, et si Matsumoto avait fait preuve d'un peu plus d'attention à la mise en scène et au rythme, on aurait pu avoir un machin très sympa sur le statut de super-héros, qui aurait fait passer le genre comics dans une autre dimension. Mais tel quel, après 20 minutes assez bluffantes, on se retrouve devant un petit objet mal fagoté, et on regarde le reste passivement. Ça commence de façon un peu faussement maligne, de toute façon, et on sentait le sujet de court-métrage gonflé en long : dans un style documentaire, on suit un type, Masaru Daisatō, vague loser clochardisé et assez misérable, auquel les enfants lancent des cailloux, et qui erre vaguement dans les rues en attendant d'être "appelé". On ne sait pas grand chose de sa mission, mais bientôt son téléphone sonne, et il passe à l'action : on découvre alors qu'il est en fait Big Man Japan, super héros en charge de débarrasser la ville des nuisibles. A l'aide de fiches techniques qui doivent autant au jeu vidéo qu'à l'Encyclopedia Universalis, ceux-ci sont décrits avec précision, et apparaissent bien peu nuisibles : l'un bondit d'immeuble en immeuble en se marrant, un autre est un bébé inoffensif, un troisième se contente de puer, et un autre a des velléités sexuelles assez obscènes, mais on est assez loin du bad guy classique. Mais c'est le taff de notre héros que de les combattre, et d'accepter de se faire électrifier en centrale pour se transformer en une espèce de gros sumotori guère plus offensif que ses ennemis. D'où sa perte de notoriété ; si son grand-père (alors en maison de retraite) fut en son temps adulé par les foules, Masaru n'est plus à la mode, ses exploits télévisés sont relégués à 3 heures du matin, et les tags contre lui fleurissent partout.

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C'est amusant. D'autant que les scènes de combat avec les monstres rappellent les films pour ados de jadis, les SanKuKaï ou X-Or de notre enfance, qui rivalisaient de ringardise cheap avec leurs aliens en mousse et leurs kick-balayette moisis. Le film est clairement un hommage à ceux-ci, pour le pire et pour le meilleur : les combats sont très lents, peu mouvementés, filmés dans des villes en maquette complètement vides, avec des effets spéciaux numériques absolument affreux et fauchés. La toute fin, assez mystérieuse, montre même des super-héros américains (mais tout à fait semblables aux Japonais) prendre les choses en main pour débarrasser le monde du méchant ultime, puis embarquer Masaru avec eux, le tout en abandonnant les effets spéciaux : l'ennemi est un comédien mal fagoté dans un costume rouge en pili-pili, les maisons en mousse plient sous son poids, on est en plein dans les années 70. Tout ça serait relativement réjouissant si Big Man Japan ne souffrait d'un manque de rythme flagrant, et d'une espèce de ton froid qui lui sied mal : on ne sait pas si le film est fait par un geek fan de feuilletons japonais ou par un farceur rêvant d'un méta-film. Cet entre-deux, loin de rendre le film intrigant, le rend complètement privé d'émotions : ni touchant, ni drôle, ni intelligent, il navigue à vue entre les tendances, et finit par ne ressembler à rien. Ça peut être une qualité, là c'est juste un peu fade. On sourit devant l'imagination de Matsumoto pour ce qui concerne les monstres pipi-caca-prout bizarres, on s'amuse quelques temps de ce pauvre type héroïque pourtant délaissé par tous (y compris par sa fille, séquence assez gênante), on apprécie même à la rigueur la singularité du film ; mais au bout du compte, on se retrouve sans rien à se mettre sous la dent. Un objet, quoi : c'est déjà ça.

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