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Qui donc encore, à notre époque, mate des films tournés au Canada dans les seventies ? Qui ? Oui, on est peu. Le premier enseignement de cet excellent petit thriller vintage (si, si, c'est assez palpitant, en tout cas plus qu'un film sur les moules), c'est que les soutiens-gorge n'existaient pas encore, gloire à Dieu, dans ces années-là ce qui rendait éminemment plus facile tout déshabillage impromptu. Le deuxième enseignement c'est qu'on peut être un réalisateur totalement inconnu au bataillon (le mien tout du moins) et trousser (certes, le scénariste, Curtis Hanson, m'est plus familier) un polar assez vicieux. Soit donc ici une histoire basée sur les fameux proverbes "à bon chat, bon rat" ou encore "à malin, malin et demi". A ma droite, Elliot Gould, tout en tronche et en frisure, en modeste caissier de banque ; à ma gauche Christopher Plummer, tout en regard maquillé et en chaîne en trombones autour du cou. Celui-ci, sous des oripeaux d'ordure de Père-Noël, veut braquer une banque ; celui-là, finaud comme une truite saumonée, le voit venir de loin et l'entube à sec. En gros, Elliot récupère le pactole pendant que l'autre est activement recherché. Bravo. Seul petit problème à l'horizon, c'est que le Christopher est un revanchard, prêt à tout (même le meurtre - il n’y a rien au-dessus si ce n'est le homard et le champagne dévastateurs pour la santé), pour récupérer son fric. Second problème, Gould ne sait peut-être pas jouer du piano mais peut s’avérer terriblement retors. Bref, un petit jeu du plus tortin s'engage entre les deux, un petit jeu qui risque d'être au final un peu sanglant...

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Duke (!) parvient à la fois à donner du temps, du corps à ses personnages (Gould vaquant tranquillement à ses petites occupations, Plummer s'enfonçant dans la mouise) tout en parvenant à développer une intrigue qui ne cesse d'aller de rebondissement en rebondissement. Quand on pense que Plummer va mettre Gould (passionné d'aquarium) la tête sous l'eau, c'est Gould qui trouve la parade pour plumer le Christopher. C'est un petit jeu d'esbroufe et de coup foireux incessants entre les deux... Se greffent aussi sur l'histoire des personnages féminins (charme et confusion) qui vont avoir leur petit mot dans l'histoire : Susannah York, piquante blonde, collègue de Gould, qui lui tourne autour (mais l'Elliot est plus que maladroit) ; Céline Lomez (!) (une québéquoise brune au délicieux sourire), partenaire en affaire de Plummer, qui va, plus ou moins malgré elle, se mettre en affaire avec Gould - bref, de deux sur le magot, ils deviennent trois, complexifiant ainsi méchamment l'affaire... Une pointe de thriller (les menaces constantes de Plummer à Gould... Plummer téléphone en toute impunité d'une cabine téléphonique située juste en bas de l'immeuble de Gould : une proximité dangereuse), un soupçon de charme (les amateurs de dos dénudés en seront pour leur frais), une pincée de gore (quand Plummer pas content, Plummer tout péter), et un final en fanfare (qui se fera prendre dans la trappe : la souris ou le chat ?). Alors oui, c'est pas du poisseux Scorsese vintage, l'ambiance n'est pas aussi moite que les aisselles de Pierre Ménès en temps de canicule, mais c'est une jolie petite surprise qui sort un peu des tréfonds, une surprise estampillée 70’s exhumée de cette belle cité de Toronto - parfait pour accompagner une pizza chorizo-sauce piquante.

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