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La première bonne nouvelle de cette nouvelle version duvivierenne de Poil (la précédente, muette, datée de 1925), c'est que la copie (thanks Criterion) est absolument magnifique, pour ne pas dire mirobolante. Beauté du noir et blanc, beauté des "flous" au second plan, précision absolue des gros plans (la vache en particulier est top - les acteurs étant dans l'ensemble assez laids) : il n'y a pas à dire c'est une plus-value lorsqu'on s'attaque à ce genre de film tourné dans les thirties ; comme le son est au diapason, que le petit village au second plan est pittoresque en diable, on est facilement repu au niveau esthétique... Bon après il y a le film, c'est Duvivier quand même, on ne peut pas non plus tout laisser passer...

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Harry Baur est en tête d'affiche, mais le bougre, dans son rôle de Lepic mutique, n'a pas grand-chose à faire si ce n'est pointer sa barbe ; il se dérouille un peu sur la fin mais disons qu'il est ici dans l’ensemble plus une silhouette un peu lourde qu'une présence ; on arrive dans le dur avec ce pauvre Poil de Carotte qui surjoue sa mère et sa mère, justement, la marâtre Lepic hystérique (Catherine Fonteney, je ne boirai pas de ton eau), trop caricaturale, trop rêche, pour être marquante ; les seconds rôles (les deux autres enfants sont laids comme des poux) ont des tronches de circonstances mais demeurent anecdotiques. On en revient finalement assez rapidement (pour tenter d’évaluer la chose) à des petits choix de mise en scène (la contre-plongée dont Duvivier use et re-use pour filmer ces adultes si « impressionnants »... ; le gros plan qui ne mange pas de pain) ou de cadrage (il sait mettre en valeur une rivière ou un étang, on sent que le gars est plutôt à l'aise dans cette campagne) qui marquent toujours quelques points ; quelques mouvements de caméra assez fluides, des travellings nickels lors des courses du gamins, deux-trois scènes avec effets spéciaux vintage qui ont du charme (Poil de Carotte sortant la nuit dans la cour en ayant peur de ces étranges créatures célestes ; Poil vs Poil, l'ange et le démon discutant pendant que Poil dort, l'un poussant l'autre à se suicider), c'est du bon boulot d'artisan techniquement parlant – il est bon d’être bon et de faire des concessions ; il manque juste, à mes yeux (le naturel revient au galop), un supplément d'âme pour que les personnages, notamment, fassent un peu moins marionnettes et un peu plus êtres de chair et de sang... Il y a du mélodrame, de la tristesse, de la dépression sauvage dans ce Poil, mais ses petites mimiques de singe savant gâchent trop souvent les scènes ; même lors de la séquence cruciale de la pendaison (c'est terrible, un gamin qui se pend, non ?), on n'est jamais franchement terrifié - on sent qu'il veut faire un peu son chieur parce que les adultes ne le calculent pas, bon, mais que finalement, cela lui passera – on ne croit pas une seconde qu’il passera à l’acte. Ça manque cruellement de nerfs, de vie, pour qu'on soit de tout cœur avec son personnage - même la bonne a plus des allures de gentille Bécassine sortie de son livre d'image que de personnage à part entière. Les esthètes, les fans de Duvivier s'il en reste, pourraient y trouver leur compte ; pour ma part, l'émotion ne fut guère au rendez-vous, passant plus de temps à apprécier le rendu de la copie que son potentiel dramatique... 

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