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Même si on n'est pas des fous du film d'animation sur Shangols, il y a quand même des repères dans notre cinéphagie, et je me permets de parler pour nous deux en mentionnant, dans le haut du panier, la saga Toy Story. Je replonge pour ma part inlassablement dans le 3ème du nom, une de mes grandes émotions en ce qu'il faisait pénétrer dans le dessin animé pour enfants des notions très sombres, la mort, le temps qui passe, l'abandon, la vieillesse, etc. C'est donc avec des bonds frénétiques que j'ai couru assister au 4ème opus, armé de mon goûter et serrant la main de ma maman. Et avec une légère suspicion aussi, il faut le dire : la parfaite trilogie supportera-t-elle cet ajout tardif, qui plus est réalisé par un inconnu ? Le suspense est à son comble.

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Eh bien oui. En quelques secondes, en quelques plans colorés et dynamiques, on replonge comme dans un bain chaud dans l'univers de Woody le cow-boy, et on retrouve avec un plaisir très proche de l'enfance ses poteaux dinosaures, chiens à ressorts, patate ou cosmonaute. Pour tout dire, dès la première scène, les larmes montent aux yeux, par cette prodigieuse façon qu'ont les réalisateurs de Pixar de charger d'émotion le moindre plan, de dire des choses hyper douloureuses avec des images très directes. Ici, c'est une séparation déchirante entre Woody et sa bergère, des adieux bouleversants et ce plan ravageur : Woody, déglingué, affalé, démembré, privé de vie sur un trottoir pluvieux, et le camion qui emporte sa belle s'éloignant, image simplissime du ravage de la séparation. Même si on sait pertinemment qu'il va la retrouver, et que le film va même plus ou moins ré-organiser cet amour manqué, c'est l'image qui reste : Toy Story 4 est un film sur l'abandon, celui des personnes qu'on aime, celui de soi-même, celui de son statut, et il est empreint de tristesse. Après cette première gifle, on retrouve un lieu sûr, la chambre d'enfant, mais c'est pour mieux retourner dans une sorte de dépression domestique : Woody a vieilli, est désormais délaissé par la petite Bonnie, et passe sa vie dans un placard en attendant qu'elle veuille bien le choisir pour ses jeux. Toujours aussi brave gars, il s'embarque dans un cartable pour la rentrée en CP de la petite. Il va alors assister à la naissance d'un personnage génial : Forky, une fourchette en plastique que Bonnie transforme en jouet en deux-deux. A moitié déchet, à moitié jouet, ce personnage, inévitablement attiré par les poubelles, va devenir l'enjeu du film, le bébé monstrueux qu'il faut sauver de lui-même (le convaincre qu'il est devenu quelqu'un, qu'il est plus qu'un déchet) et de la série de catastrophes qui s'abat sur nos amis joujoux.

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C'est toujours aussi trépidant, même si peut-être un peu moins inventif que jadis. Le rythme impeccable de tout ça force le respect, d'autant qu'on ne perd jamais les personnages dans le chaos, que l'émotion est toujours là entre deux cascades, et que même l'humour est omniprésent (le film est franchement fendard avec ses nouveaux personnages, notamment un cascadeur canadien hystérique craquant). On y croise une galerie de méchants particulièrement inventive, entre ces gardes du corps monstrueux, à la démarche de handicapé, au regard inexpressif, à la tête trop lourde, et cette merveilleuse poupée à l'ancienne, d'abord diabolique puis peu à peu bouleversante : elle veut récupérer la boîte vocale contenue dans Woody, la sienne étant cassée. On sent le gore, le dépeçage en règle, mais on apprend bien vite que cette voix est sa seule porte d'accès vers l'adoption, que c'est la seule chose qui lui manque pour être reconnue. La greffe se fera d'ailleurs sans gros problème. Cette grande idée ouvre d'ailleurs la voie à une deuxième thématique très intéressante dans le film : la voix intérieure, et la liberté qu'elle induit (ou non). Buzz croit ainsi être guidé par sa voix intérieure alors que c'est ses injonctions programmées en série qu'il entend, un moche jouet mi-poussin mi-lapin veut suivre sa voie intérieure mais elle ment comme jamais ; et Woody va suivre finalement, après avoir perdu sa voix synthétique, sa vraie voie en devenant un jouet perdu, en acceptant de quitter un enfant pour mieux se consacrer à l'enfance. Face à cet univers chargé en émotions, les adultes du film sont étrangement moches, au mieux maladroits (la famille de Bonnie), au mieux crétins. Toy Story propose un monde parallèle, secret, invisible aux yeux des grands, plein de dangers certes, mais dont on comprend bien la part rassurante qu'il ouvre aux spectateurs enfants.

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On était resté sur la fin magnifique du 3, violente, adulte, bouleversante. Le 4 n'ira pas aussi loin, certes, mais on aura quand même droit à une ou deux scènes d'anthologie : les retrouvailles donc entre Woody et sa bergère, condamnés qu'ils sont à rester immobiles alors que leur petit coeur bat à tout rompre ; cette poupée abandonnée (joliment jouée en français par Angèle) qui devient soudainement touchante dans sa solitude ; et puis la fin, où on peste encore une fois que ces bougres arrivent à nous faire pleurer avec des pantins de plastoque dessinés en images de synthèse. Tout n'est pas parfait là-dedans, on est d'accord, c'est parfois un peu répétitif (les allers-retours incessants dans la boutique d'antiquités), pas toujours super drôle (le poussin-lapin, pas assez poussé, ou la toute petite poupée, anecdotique)... Mais une fois encore, les créateurs se sont mis au service d'une émotion intelligente, rarement mièvre, et on a l'impression que cet épisode, encore une fois, est plus destiné à l'enfant qui sommeille dans notre psyché d'adulte qu'aux enfants eux-mêmes. En tout cas, une saga parfaite.  (Gols 10/07/19)


Alors oui, bon, moins emballé que l'ami Gols, ayant un peu la sensation que cet opus privilégie la forme (l'action) au fond (belle émancipation des jouets mais on avait déjà pris l'habitude à les voir suivre leur libre arbitre) et à l'humour. Il y avait quelque chose d'intéressant à fouiller dans le personnage de cette fourchette abandonnée, ce déchet à tendance suicidaire qui se jette dans la première poubelle venue ; la série ayant une certaine tendance à explorer à fond certaines thématiques (les jouets en tant que produits de consommation de masse dans le 2, les montagnes de déchets dans le 3 et cette fin dantesque (hautement symbolique) aussi tragique qu'émouvante), on pouvait penser que cette fourchette pouvait se retrouver au centre d'une nouvelle réflexion sociétale... On est déçu de ce point de vue : on est content de voir la chtite Bonnie capable de créer son propre jouet, de voir ce morceau de plastoc ressusciter et échapper au monde du "consommable-jetable" mais on n’ira finalement guère plus loin dans la réflexion ; on est tout autant déçu d’ailleurs de voir les fidèles partenaires de Woody réduits à la portion congrue... Ils n'interviennent que pour dynamiter l'action et voient leurs dialogues se limiter à quelques interventions peu fendardes. C'est bien Woody, comme le soulignait mon camarade, qui se retrouve au centre de ce tome 4, un Woody jusque-là chien fidèle en toutes circonstances qui va devoir trouver la voie de l'indépendance... et ce grâce à l'amour. Son personnage prend ainsi un peu de relief (en tant que sex toy... – oups, désolé, il fallait quand même que je pimente un peu cette chronique que j'ai mis 15 jours à écrire) même si au final le concept n'est guère original. On se bouffonne devant les conneries du canadien volant au ras des pâquerettes, on frissonne devant ce petit musée d'horreur de la brocante mais au-delà de ces deux nouveautés, on peine à retrouver l'intelligence et la finesse humoristiques des opus précédents. Un opus à la coule avec quelques idées mais qui ne donnent pas forcément envie de s'y replonger à l'avenir (contrairement aux trois premiers absolument trépidants, finauds et désopilants). Une belle story un peu trop mignonne et sans grandes surprises.  (Shang 13/08/19)

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