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Oui, alors là on est dans le simple artisanat effectué par un Boetticher encore débutant, qui ne signait d'ailleurs pas encore "Budd" mais "Oscar". Escape in the Fog est à cheval entre le film noir et le film d'espionnage, et il convainc beaucoup plus du premier côté que du second. Parce que Boetticher sait indéniablement déjà planter une atmosphère, classique certes mais efficace, notamment dans les ambiances brouillardeuses de son histoire : nous sommes à San Francisco en pleine guerre. Un espion doit absolument faire passer des documents secrets à Hong Kong, mais une bande de contre-espions patibulaires est à ses trousses pour récupérer l'enveloppe et se débarrasser du compère. Il lui faudra l'aide de la blonde de service pour en venir à bout et récupérer après moult péripéties le précieux pli. Le gros plus du film, et ce qui lui donne justement cet aspect foggy particulièrement réussi, c'est qu'il n'hésite pas à flirter avec le surnaturel, et que celui-ci finit par pénétrer la photo du film : Eileen Carr, la fameuse blonde (Nina Foch) fait une nuit un rêve prémonitoire dans lequel elle voit Paul Devon, le fameux espion (Otto Kruger) attaqué par ses ennemis sur le pont de San Francisco. Cette scène, filmée dans la fumée, la nuit et les lugubres sirènes de bateau, sera répétée telle quelle plus tard dans le film, faisant penser que la belle pourrait bien être plus ou moins devin. Un ancrage dès le départ dans le fantastique qui marque des points et font sortir le film du tout-venant : les décors sont envahis par la brume, dans la très jolie photo de George Meehan, ce qui donne un aspect fantomatique, iréel à l'ensemble.

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A part ça, reconnaissons que ce film est sans beaucoup d'intérêt, même s'il se suit avec plaisir. Boetticher a peut-être voulu pomper sur les Hitch de l'époque, à qui il emprunte quelques acteurs dans le rôle des méchants, mais sa mise en scène manque vraiment d'invention, et se contente d'aligner les jolies ambiances un peu trop sagement. Les acteurs ne sont pas terribles, le suspense légèrement pêté, et surtout, le scénario d'une invraisemblance totale : on suit le fameux paquet contenant les infos cruciales pour le destin du monde, de quais en taxis, de baie de San Francico en pont de bâteau, comme s'il s'agissait d'une vulgaire lettre ; et les choses arrivent beaucoup trop vite (le film dure 1h05) pour être crédibles, notamment l'histoire d'amour entre Eileen et Paul, expédiée en deux coups de cuillère à pot. Bon, on ne va pas se plaindre non plus : c'est du bon travail de réalisation, honnête et modeste, et les plus à blâmer sont sûrement les scénaristes.

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