"I'm not a cowman, I am a lawman"

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Voilà ce que l'on est en droit d'appeler du western "sérieux", carré, avec au casting des gloires un peu sur la descente (Robert Ryan (deux ans avant trépas) dans le rôle du shérif Coton Ryan (ouais, on ne cherche à duper personne) qui eut son heure, son jour de gloire (mais alors juste un) et qui coule depuis des jours paisibles (même s'il peut encore avoir des relents de courage), Burt Lancaster (58 ans, dans la fleur de l'âge, encore tout fringant et pugnace comme un poux sur un chauve), Lee J. Cobb (60 berges et toujours autant de prestance même si l'ombre de la mort plane sur lui - dans la réalité comme dans la fiction), ou encore Robert Duvall (le jeunot de l'histoire à 40 ans tout juste)) mais des gloires qui ont toujours un certain charisme. L'histoire est limpide : après une fête qui a foiré dans une petite ville (un vieux s'est pris une balle perdue), Burt se rend dans la ville de Sabbath pour mettre la main sur les six fêtards ; seulement voilà, cinq hommes bossent pour l'homme fort de Sabbath, un certain Bronson (Cobb) qui, également présent sur les lieux lors de l’incident, n'est pas du genre à lâcher ses hommes. Burt est têtu comme une musaraigne et surtout rapide comme l'éclair pour dégainer (il a déjà tué un des hommes qui a voulu résister) ; Bronson est têtu comme une mule et lent comme une limace pour faire cesser les hostilités. Bref, c'est le carnage assuré, tant qu'il y aura sur terre un des deux hommes...

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Michael Winner (oui, je le découvre), producteur et réalisateur, n'est pas du genre à tomber dans l'excès de style mais sait se montrer pro ; on sent qu'il a bossé son petit Leone (zoom sur le regard, musique tonitruante au besoin) mais il sait aussi parfois nous trousser deux-trois petits mouvements de caméra tout en souplesse (pour contourner un personnage et changer de perspective, pour aller de deux amants à deux amants en faisant un pano sur la chambre - c'est un peu gratuit, mais ce genre de futilité est toujours agréable). Au-delà de ces mini effets de style, on peut prendre aussi notre plaisir à suivre ces caractères bien trempés (Burton en tête, il ne lâche rien, le bougre - même quand on croit que), à découvrir des paysages gentiment exotiques (sympa ce petit lac pour pêcher) et à prendre son pied (soyons un peu pervers, il est bon de l'admettre parfois) devant des poussées de violence rugueuses ; le final est en soi un véritable carnage qui vous fait aussi bien lâcher des raffff (ouah la giclée de sang) que des popopohh eheh (toute tuerie ayant tendance à provoquer chez moi un petit rire nerveux). On sentait que Burt n'était pas du genre à rigoler, prenait son taff particulièrement au sérieux (quitte à oublier parfois ses propres émotions... il s'adoucira, pourtant, mais pas longtemps...) mais on ne s'attendait pas à le voir aussi décisif dans le dernier set. On sent que Winner se plaît justement à trousser une fin sans concession, à l'image de cet homme de loi peut-être d'une autre époque, sans doute un peu daté (incorruptible, aveugle aux femmes et à l'alcool, pur et dur quoi malgré une petite bedaine rigolotte - il a dû abuser des carbonara, le bougre) mais qui a au moins le mérite de ne jamais tergiverser. Le réalisateur, tout en avouant à demi-mot que l'on est dans "une autre époque" (les hommes de main de Bronson veulent aller descendre « en bande » Burt, Bronson lui-même les calme : on peut d'abord essayer de discuter... tu parles ; on peut noter aussi une certaine considération envers les indiens à chaque fois qu’il en est (rapidement) question) s'amuse malgré tout à revenir sur ce genre de figure de légende de l’ouest au faciès buriné, intransigeant. Le film qui sait prendre son temps pour nous présenter chaque homme de Bronson (qui va l'un après l'autre au casse-pipe) fait preuve d'une belle énergie à chaque échange de coup de feu - chaque tir de Burt claquant comme un coup de sabre : sobre et efficace. Pas d'extravagance, une œuvre peut-être déjà un peu « datée » mais définitivement solide et plaisante. Un winner en son sous-genre.

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