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C'est notre bon vieux Akira Kurosawa qui est au scénar de ce film d'après-guerre qui ne cesse d'osciller entre un certain climat dépressif et un petit vent d'optimisme. Au départ, deux agents immobiliers veulent faire un bon coup : acheter une maison, la retaper et la vendre le double. Bien. Seul problème, il faut virer le peintre qui squatte dans ces locaux avec toute sa famille. Ok. L'un des deux agents, avec sa jeune maîtresse, prend donc possession des lieux en espérant que le peintre finisse par craquer – et ce d'autant que sa maîtresse n'est pas d'un caractère facile facile... Seulement voilà, le peintre et sa famille accueillent notre homme avec le sourire, prennent sa maîtresse pour sa fille (et l'appellent Miss - cette dernière, par coquetterie, ne les contredit point) et font tout pour se rendre serviable et agréable (en leur offrant du potiron, ce qui n'est pas rien, ou en faisant le portrait de la jeune femme - portrait, on s'en doute, qui va devenir central dans l'histoire)... Pas facile de les virer dans ces conditions... La jeune femme, malgré tout, commence à mal vivre cette situation de proximité et surtout de mensonge... Plus gênant pour elle, elle ne se reconnaît pas dans le portrait du peintre : vénale à mort, elle ne se projette en rien dans la peinture de cette jeune fille pure qui resplendit sur la toile. C'est l'heure des remises en question ontologiques...

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Il y a quelques jolis moment de grâce dans cette œuvre parfois un peu décousue (on a l’impression de s’éparpiller parfois entre les différents personnages), et par certains aspects un peu déprimante (la jeune femme et sa copine, c'est pas la joie à tous les étages... Ça boit, ça pleure, ça se morfond, pouhlala) : il y a notamment cette magnifique séquence, lors d'une nuit de pleine lune, alors que l'électricité a été coupé, durant laquelle le peintre, sa femme, sa fille et les petits enfants se mettent à profiter totalement de l'instant présent : observation minutieuse de la lune puis petite dans improvisée au clair de lune, un petit moment de bonheur gratuit parfaitement à leur image (ils n'ont pas un cale mais font contre mauvaise fortune bon cœur) - alors même que l'agent et sa femme à l'étage rongent leur frein : ils ne pensent, eux, qu'à la thune et s'emmerdent tranquillement... On retrouvera cette même sérénité chez le peintre et sa femme lorsqu'ils attendront paisiblement à la gare le retour de leur fils de la guerre... Ce calme, cette sagesse tranchent définitivement avec le personnage de la jeune femme en proie à tous les doutes : est-elle, comme elle le pense au fond d'elle-même, pourrie de l'intérieur (on devine un passé pas olé-olé et un sens de l'opportunisme poussé) ou ce portrait reflète-t-il véritablement le fond de son âme ? On assiste à une véritable tempête sous un crâne (va-t-elle déchirer le portrait ou finir se suicider lors d’une scène cruciale ?) dont elle sortira finalement relativement apaisée. On devine forcément derrière ce portrait, cette difficulté d'assumer son passé (et plus généralement ce passé nippon), et cette difficulté à repartir de l'avant sur des bases saines. Mais l'art n'est-il point là pour révéler le meilleur au fond de nous ? A moins que l'art soit menteur ? - c'est une autre piste, hein, forcément.  Des hauts (dans la sagesse et les valeurs artistiques), des bas (dans les doutes existentiels) et au final une œuvre qui dresse un "portrait" intelligent et torturé de cette nouvelle génération nippone à la sortie de la guerre. Belle alliance de talents aux manettes, pour sûr.   

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