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Un bon vieux film de train pour se remettre sur les rails, rien de tel, et ce n'est pas l'ami Bastien qui me contredira. C'était l'époque où les trains faisaient encore tchoutchou, fumaient comme un pompier dans un tunnel et étaient à l'heure – voire en avance. Dès le départ, on sent que Forde n'est pas né de la dernière pluie : il nous mitonne une petite mise en scène pas dégueulasse dans cette gare parisienne où la dizaine de personnages principaux se croisent : Conrad Veidt et son air louche (Philippe Khorsand, paix à son âme, lui avait décidément tout piqué), son associé, le jeune Tony (Hugh Williams et ses faux air de Kyle MacLachlan), une star de cinoche blondinette (Esther Ralston), un couple doublement adultère (Harold Huth et sa fine moustache et la craintive Joan Barry), un type tout flageolant qui transporte un tableau volé (Donald Calthrope), un chiant de chez chiant qui s'écoute parler et se croit drôle (excellent Gordon Harker as Bishop - "by name not by nature ohohoh"), un flic français adepte de coléoptères (Frank Vosper), un milliardaire radin comme un bougnat... La caméra virevolte, travelling un max, passe à travers des barreaux (un exploit du cameraman (...) dont on ne se lasse jamais), tout cela est vivant, agité, chaque figurant à une trajectoire parfaitement réglée : on aime forcément cette petite mise en bouche avant de se retrouver coincer dans un compartiment. Pas facile, alors, de jouer longtemps au jeu du chat et de la souris, dans ces couloirs où chacun s'excuse en se croisant et le hasard, souvent taquin, n'arrange pas les choses... Le malfrat Veidt tombe rapidement sur le voleur de tableau qu'il pourchassait, des porte-documents (dont celui avec le tableau, forcément) changent de propriétaire de façon involontaire et puis c'est l'engrenage... Un type est assommé, un autre poignardé, et les petits secrets des uns (les tromperies) comme ceux des autres (un passé peu glorieux, un trafic) vont se retrouver rapidement exposé – tout cela, forcément, sous l'œil goguenard du Commissaire Jolif (il se croit fin, ne comprend en fait pas grand-chose mais parvient malgré tout à mettre la pression sur chacun). A Rome, les jeux seront faits.

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Forde est un as pour donner le rythme et de l'entrain à son film, coupant son film en de courtes saynètes qui se jouent dans divers compartiments, s'amuse au passage avec quelques vignettes mignonnettes (on nourrit son homme comme on doit nourrir la machine) et donne à chacun de ses voyageurs un caractère bien trempé : très rapidement on identifie chacun et on ne se perd jamais dans la demi-douzaine de petites intrigues qui se jouent en parallèle. Chaque acteur joue son petit rôle avec classe : l'inquiétant Veidt et son sourire narquois (on sent bien que, le cas échéant, il sera toujours capable du pire), le couple de jolis cœurs (Tony et la star) qui a peur de ne jamais pouvoir repartir à zéro, le couple adultère qui pâlit de rail en rail, le type ronflant qui se révèle roi de la gaffe, le milliardaire "philanthrope" avec ses grands airs d’enfoiré qui s’avère être un véritable bandit de grand chemin... Différents milieux sociaux se croisent et la bassesse morale se révèle joliment partagé au sein de chacune des couches de la société. Le meurtre, finalement, en deviendrait presque secondaire devant les petits arrangements foireux et la petitesse de chacun. Un des grands-pères des films de train ? Eh bien ma foi, il se porte vaillamment ! Bien belle production Gaumont-British Picture qui a gardé tout l'éclat du charbon (Et la terre se remit à trembler (aucun train pourtant alentour), il était temps que j’achève ma chronique, diable).

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