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Revoilà George Sherman sur Shangols. Et ce ne sera toujours pas cette fois-ci qu'il redorera son blason, puisque La Fille des Prairies, malgré ses aspects très agréables, n'est qu'un western de plus, un de ces trucs de série pas passionnants et victimes du manque de moyens de son auteur. Tout est honnêtement fait dans ce film, mais rien ne ressort au bout du compte, et on s'ennuie assez mollement dans cette histoire de bandit malgré lui et de canassons. On se dit en voyant le titre qu'on aura au moins droit à une jeune première pimpante, interprétant une Calamity Jane enflammée et pétaradante ; mais on doit déchanter aussi de ce côté-là : le film ne s'intéresse qu'à peine à cette légende de l'Ouest, et préfère se concentrer sur le personnage moins connu de Sam Bass, compagnon éphémère de cette dernière, brave couillon devenu bandit sous les coups de butoir du destin. Mal en a pris aux scénaristes, parce que ce personnage-là est très faible : imaginez un crétin des Alpes descendant de son Indiana profond, ne sachant pas manier le flingue, passionné par les canassons et rêvant toutes les nuits d'un joli ranch avec épouse (le rêve de tous les cow-boys de western, les ambitions ne sont pas délirantes). Avec son sourire niais et sa gentillesse de gosse de 6 ans, il se gagne vite les faveurs de la gente féminine des alentours : Kathy l'épicière (Dorothy Hart, bien craquante) et Calamity la rebelle (Yvonne de Carlo, fadissime). Mais le gars s'engage dans les courses de chevaux, l'argent circule, les félons s'organisent, et quand un félon plus félon empoisonne son canasson préféré, c'est le drame : Sam jette son épicière, prend le maquis, et passe du côté du mal avec deux-trois bouseux tout aussi déçus que lui par l'âme humaine. La chose se terminera, on s'en doute, dans le drame, et malgré l'absence presque totale de méchants dans ce film, le destin se chargera de Sam, qui mourra criblé de balles dans le souvenir de son cheval, mais aimée par les deux gorettes affligées.

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Edifiante histoire, on en conviendra, qui sous l'oeil d'un cinéaste de talent aurait pu donner un film plein de glamour, d'actions, et d'ambiguité (puisque le bad guy est cette fois presque du bon côté, on compatit à son malheur, et ses vols, au départ en tout cas, sont "justes", simplement faits pour le rembourser). Mais sous les lourds sabots de notre George Sherman il se transforme en un ennuyeux parcours cousu de fil blanc, aux sentiments gluants et aux personnages sans âme. Howard Duff dans le rôle-titre fait une composition d'élève de théâtre de Marvejols section poussins : pour lui, exprimer la candeur de son personnage consiste à afficher quelques sourires béats et un regard d'agneau , là où il aurait fallu un grand acteur pour arriver à faire passer les invraisemblances de son personnage (le félon qui poste une lettre de dénonciation, Sam qui le choppe, l'autre qui s'en sort en disant "euh... j'écris à ma femme", et Sam qui répond "ah oui, super !") sans le transformer en dindonneau. Sherman loupe le coche de toutes les scènes un peu spectaculaires, comme les courses de chevaux, illisibles, ou le siège de la fin, qui se termine en queue de poisson. On ne reconnaît un peu de talent que dans le dessin des deux filles, rivales sans haine, jalouses sans caricature ; et dans les seconds rôles, parfois pas mal : j'ai toujours aimé ce salopard de Norman Lloyd, la traîtrise incarnée, mais Willard Parker en shériff obtus est pas mal non plus. Voilà, bon : avec un héros d'une autre carrure, avec une Calamity Jane plus fidèle au mythe, avec un scénario moins décousu et avec une réalisation moins terne, on aurait eu un bon film ; avec Gary Cooper, Katharine Hepburn et Budd Boetticher, quoi...

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