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Des airs de Breaking Bad pour cette série qui traite à peu près le même sujet ; mais là où la première atteignait des sommets, ce n'est que par endroits qu'Ozark devient vraiment intéressante. On aime ses ambiances, ses acteurs, sa radicalité parfois ; moins sa mise en scène, son ton un peu hésitant et ses grandes plages de vide. Bon, reprenons : Marty Bird est un modeste et invisible comptable. Il découvre le même jour que sa femme le trompe, que son associé est en fait un escroc qui a détourné de l'argent sale, et qu'un cartel mexicain peu avenant est en route pour leur faire leur fête. Les têtes sautent, la boîte de Marty est décimée en quelques secondes dans un bain de sang, mais au moment où on va lui aussi l'exécuter, il balance son va-tout : si on lui laisse vie, il s'engage à déménager avec femme et enfants à Lake Ozark, quiète station de lacs, pour y blanchir à son tour l'argent de la drogue, soit 8 millions de dollars. La métamorphose d'un mec ordinaire en patron de la pègre locale, voici donc ce qu'on va vivre au gré de ces 10 épisodes mouvementés, où notre Marty va apprendre qu'il n'est pas si simple de courir entre les balles. Surtout qu'il va devoir jongler avec la faune locale : le clan de bouseux du coin, stupide mais gênante ; un baron de la drogue (Peter Mullan, hilarant) qui joue du flingue et du coutelas en toute sérénité ; et deux agents du FBI, rusés et sans pitié. Ajoutez à tout ça ses problèmes domestiques (la femme infidèle, la fille en colère, le fils qui vire psychopathe), et vous aurez une idée de la tenue de ces épisodes. On navigue à vue, tout comme Marty, entre entourloupes financières, règlements de compte et disputes familiales, on brasse des millions, on assassine les gêneurs et on biaise avec les naïfs, ce n'est pas de tout repos.

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Contrairement à sa géniale grande soeur, cette série-là cherche tout du long son véritable ton : on est entre le portrait, la comédie, le polar, le noir, mais on dirait que Bateman (omnipotent, à la production, à la réalisation, à l'interprétation) ne sait jamais quel genre adopter. On oscille donc entre grands moments, la plupart du temps ceux qui surprennent vraiment, ceux où Marty prend des décisions insensées qui s'avèrent payantes, ceux où un personnage principal tombe sous les balles, ceux où un coup de dé vient subitement redistribuer toutes les cartes ; et moments ternes, ceux qui se perdent dans de longs dialogues répétitifs, ceux qui tentent de creuser une personnalité sans envergure, ceux, qui peuvent durer parfois un épisode entier (le 8, franchement nul) qui sortent de la trame principale pour développer juste une idée, avec pas mal de poses de petit malin. Si plusieurs personnages sont parfaits (le redneck qui a mis en place son réseau de bibles remplies de drogue et sa femme à la gâchette facile, la gracile mais volontaire Ruth, Marty lui-même, que Bateman interprète avec beaucoup d'ambiguité), d'autres semblent trop sérieux, trop "monobloc" (l'agent du FBI infiltré, la femme de Marty). Mais la série se suit avec pas mal d'intérêt quand même, parce que ces salopards de scénaristes arrivent à vous balancer des électro-chocs en temps voulu pour relancer l'attention, parce que les scènes fades se font oublier sous la puissance du concept (la violence pure dans ce décor rural et tranquille du fond des States), et que les personnages sont suffisamment forts pour qu'on s'attache à eux au final. L'atmosphère sépulcrale de certains épisodes se marie bien avec cette ambiance mortifère qui gagne peu à peu l'ensemble de la série : réalisée avec soin, sans esbroufe, elle se fait aimer petit à petit. Ce qui sous-entend qu'il n'est pas exclu que je me tape la saison 2.

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